Contrapuncti 8 à 11 : Fugues doubles et triples
Dans ces fugues le sujet (ou l’une de ses variantes) est rejoint par un ou deux contre-sujets en contrepoint renversable, c.-à-d. que la voix inférieure et la voix supérieure échangent leurs motifs sans contrevenir aux règles de l’harmonie.
Le Contrapunctus 8 est une fugue triple à trois parties ; les Contrapuncti 9 et 10 sont des fugues doubles. Le Contrapunctus 9 est “alla Duodecima”, ce qui veut dire que l’un des deux sujets “est placé au-dessus ou en-dessous de l’autre en le transposant vers le haut ou vers le bas d’une douzième” (Richard Jones). Cela veut dire que l’intervalle entre les deux sujets n’est pas toujours le même : pour certaines entrées, il est d’une octave, et pour d’autres d’une quinte. Le Contrapunctus 10 est “alla Decima”, c’est-à-dire que le sujet est transposé d’une dixième vers le haut ou vers le bas. “Ce genre de contrepoint double permet à l’un ou à l’autre des sujets d’être doublés à la tierce, à la sixième ou à la dixième” (Jones) ; autrement dit, tandis qu’une voix fait entendre l’un des sujets de la fugue, deux autres voix présentent l’autre sujet simultanément à deux hauteurs différentes.
Le Contrapunctus 11 est une fugue triple à quatre parties qui utilise les mêmes trois sujets que le Contrapunctus 8. Cependant, en renversant l’un de ces sujets, Bach introduit subrepticement son propre nom (les notes si_bémol–la–do–si_bécarre qui, dans la notation musicale allemande s’écrivent B-A-C-H) dans la seconde entrée.
Contrapuncti 12 et 13 : Fugues en miroir
Chacune de ces fugues est intégralement renversable en changeant la disposition des portées et en renversant en même temps chaque partie. Les sources ne sont pas d’accord pour dire quelle version est “rectus” (séquence ascendante) et laquelle est “inversus” (séquence descendante).
Le Contrapunctus 12 est à quatre parties. Le Contrapunctus 13 existe en deux versions : une fugue triple, manifestement pour un clavier ; et une version pour deux claviers, à laquelle Bach a ajouté une quatrième partie, indépendante. L’édition de 1751 inclut les deux versions, même s’il n’est pas certain que le compositeur ait eu l’intention d’y faire figurer la version pour deux claviers.
La plupart des interprètes trouvent difficile, voire impossible, de jouer ces Contrapuncti avec seulement deux mains et un clavier. C’est pourquoi certains d’entre eux soit font appel à du renfort (un deuxième interprète avec un clavecin ou un piano supplémentaire), soit se doublent eux-mêmes au moyen d’un enregistrement.
Les quatre canons
Bien que ces pièces soient écrites en strict contrepoint et qu’elles soient basées sur le sujet de L’Art de la Fugue, certains spécialistes ne sont pas sûrs qu’elles fassent partie de L’Art de la Fugue. Richard Jones émet l’hypothèse que Bach avait peut-être l’intention de les placer à la fin du recueil, en annexe. Leur ordre n’est pas fermement établi ; dans l’édition de Jones elles sont classées selon le même principe que les fugues, c’est-à-dire par ordre de complexité croissante.
Dans cet arrangement, le premier canon est le Canon alla Ottava. Vient ensuite le Canon all Decima in Contrapunto alla Terza. Il s’agit d’un ensemble de deux canons qui se succèdent sans interruption : tout d’abord “la seconde voix commence une dixième au dessus”, puis “la même musique se répète, sauf que la voix inférieure devient la supérieure, et qu’au début elles ne sont séparées que d’une octave” (Charles Rosen). Le Canon alla Duodecima in Contrapunto alla Quinta qui vient ensuite adopte un principe similaire. Au début les deux parties sont séparées d’une quinte, la voix inférieure à la tonique, la supérieure à la dominante ; puis à mi-chemin elles se décalent, et le canon se répète, les deux voix étant cette fois à la tonique.
Le dernier est un Canon per Augmentationem in Contrario Muto (par augmentation et motif contraire). Au début la basse imite la soprano, en renversement et à une vitesse moitié moindre ; puis les deux parties sont renversées.
Contrapunctus 14 : Fugue Triple/Quadruple (incomplète)
Carl Philipp Emanuel Bach écrivit que son père était mort en écrivant cette fugue. Des recherches récentes suggèrent cependant qu’il abandonna cette pièce plusieurs mois avant sa mort, ce qui laisse planer un mystère sur la raison qui le fit s’en détourner. Christoph Wolff suggère que Bach pourrait l’avoir achevée sur un autre manuscrit aujourd’hui perdu.
|
|
|
|