Parlons tout d’abord de votre travail autour de la musique d’Amérique du Sud.
Je suis originaire d’Amérique du Sud. Mon approche de la musique d’Amérique latine était donc naturelle. Malgré tout, étant en Europe, loin des sources, je fus contraint de prendre une année sabatique au Conservatoire de Genève où j’enseignais, afin de mener à terme une étude sérieuse dans le lieu d’origine de ses musiques si peu abordées. Quand j’ai commencé mes travaux sur place, les premiers jours, cela a été très difficile. Les indiens ne parlaient pas, les prêtres ne collaboraient pas non plus. Ils n’étaient pas convaincus. Il fallait me faire accepter d’eux. Mon enthousiasme les a peu à peu convaincu. C’était en 1992. Je disais que leur musique était extraordinaire. Qu’elle méritait d’être jouée partout dans le monde, à Paris, aux Invalides! Et dans le même temps, je me sentais un peu idiot, à cause de l’eurocentrisme évident de mes propos!
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Dans l’œuvre du chef argentin Gabriel Garrido, la musique ancienne se dévoile tel un continent inconnu, une divine “Atlantide” dont il redécouvre, pour nous, pas à pas les trésors oubliés. Le chef aborde aujourd’hui, le répertoire des missions jésuites d’Amérique du Sud et les opéras de Monteverdi. Sa récente lecture de l’Orfeo, paru en 1996 chez l’éditeur K617, saluée par la critique internationale, a bouleversé notre écoute de l’œuvre. Rencontre avec l’artiste, à Palerme.
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Comment définiriez-vous les influence entre la musique sud-américaine et la musique occidentale?
En vérité, on ne devrait pas parler d’influences. L’Occident européen a une grande influence mais un poids relatif dans la musique d’Amérique latine. Au cœur de la civilisation bolivienne, il y a un rapport privilégié au sacré. Ce qu’on appelle aujourd’hui le “sacro” leur est propre. Zipoli n’est pas pour eux un apport de l’Occident catholique, c’est leur musique. L’individu est inspiré par le cosmos. Je voulais restituer leur histoire, leur véritable spécificité. Je me suis longtemps demandé comment je pouvais agir. Je me disais que si je les aidais, je prenais le risque de les contaminer. Mon rôle se limitait à assurer la diffusion, jusqu’à Paris, de cette musique exceptionnelle. Je voulais éviter toute démarche colonialiste.
Depuis notre esthétique post-romantique, la découverte de l’Indien a toujours été dénaturée. Ici à Palerme, de notre terrasse, nous pouvons con-templer les coupoles les plus hautes et cela m’inspire une idée selon laquelle, les époques passent mais la foi demeure, elle traverse les siècles, elle est permanente. Il y a continuité. Entre l’Europe et l’Amérique, entre l’Occident et l’Orient, il existe un lien continu, une circulation libre qui dépasse les frontières.
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