Pedro Memelsdorff, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Memelsdorff ,Pedro
ENTRETIENS
PEDRO MEMELSDORFF
Vous êtes un musicien à la recherche d’un répertoire ?

Cette espèce de définition vient de l’une de vos questions : si je devais me définir d’une certaine façon. Elle m’est venue à l’esprit en pensant à toutes mes études et à ma motivation première en ce qui concerne la musique. Je crois que ce qui lie le tout est la recherche d’un répertoire. Le fait d’avoir commencé avec beaucoup d’instruments, et de m’être orienté de plus en plus vers un seul, est beaucoup plus fortuit que le chemin que j’ai parcouru dans le domaine du répertoire. Je suis arrivé à Rome à 17 ou 18 ans, je connaissais un peu de musique romantique, de musique d’avant-garde, de musique baroque, un peu de tout, mais très peu de musique médiévale, et j’ai eu un choc avec un manuscrit qui m’a causé une impression indélébile. Ensuite le prolongement de cette expérience a été de rechercher quelqu’un qui puisse m’apprendre à comprendre ce manuscrit : Rossi Vaticano. Je suis allé à Bâle, j’ai eu l’illusion que là je pourrais apprendre cela, et quand je suis arrivé pour étudier je suis resté, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas moyen d’y apprendre la musique du XIVe siècle et j’ai commencé une espèce de parcours, que j’ai appelé ce matin une espèce d’Itaque irrécupérable. Passer par Vivaldi, Bach, ensuite par Amsterdam, Berio, la musique contemporaine, la Renaissance, Jordi Savall. Tout ce qui est passé par mon histoire, et qui m’a laissé de beaux souvenirs et de nombreuses expériences. Lorsque je suis revenu en Italie, après mon séjour à Amsterdam, j’étais convaincu que la quête était individuelle et que je devais affronter directement mon ignorance. Tout ce qui a déjà été fait est utilisable dans une certaine mesure, mais doit être à nouveau lu et relu, il faut affronter directement les manuscrits, avec une approche la plus personnalisée possible. Un processus très long a alors commencé, qui n’est pas encore terminé.

Mais la possibilité d’accéder à ces sources n’est pas à la portée de tous ?

Dans mon cas, l’ approche n’a pas été très méthodique, mais plutôt en spirale. A chaque tour, je m’approchais un peu plus du centre. Je crois qu’il n’y a pas d’approche méthodique possible, car un chercheur trouve toujours ce qu’il n’est pas en train d’étudier. Tu te fixes un thème, et au cours de la recherche, tu en trouves d’autres, il en est toujours ainsi. Il faut alors être prêt à changer continuellement de voie, car tu dois profiter de ce que le hasard a mis entre tes mains alors que tu cherchais autre chose. Je cherchais l’iconographie et j’ai trouvé l’histoire de la musique, je cherchais l’histoire de la musique et j’ai trouvé la poésie, ensuite je me suis mis à étudier la poésie et j’ai trouvé des problèmes de prosodie et de transcription. La méthode sert peut-être uniquement pour se donner le courage de commencer, et ensuite la trahir.

Avez-vous dû voyager dans le temps en avant et en arrière de votre répertoire, ou vous êtes-vous centré sur ses propres ramifications ?

Ce qui me fascine tant de la musique du XIVe siècle, c’est ce qu’elle a de nouveau par rapport à son époque, et aussi à la mienne. Ensuite il s’avère que plus que nouveau, c’est irremplaçable. C’est un langage qu’on ne peut remplacer par aucun autre, et dont les contenus ne peuvent pas être traduits à un autre langage. La façon de composer la musique, la façon d’associer la musique au texte, à la théâtralité, à l’émotion, la façon de dialoguer à travers la musique à un niveau émotionnel mais aussi presque scientifique entre les compositeurs : tout cela est typique de cette période de l’histoire. Un répertoire dont je pensais au début qu’il deviendrait une spécialité s’est transformé en un univers. Il faut l’imaginer comme si quelqu’un allait étudier le XXe siècle. Si quelqu’un dans six siècles veut se consacrer à l’étude du XXe siècle, ils l’appelleront un spécialiste. Mais qui est spécialiste du XXe siècle ? C’est comme dire spécialiste de l’univers. Comme on dit en Italie, un tuttologo, un « toutologue ». Je n’ai pas la sensation que ce que je fais soit une spécialité, je m’occupe d’un type de langage comme si c’était un art à l’intérieur de l’art. Mais la question n’était pas celle-là... C’était si j’avais besoin d’aller très en avant ou très en arrière...

Si vous avez considéré nécessaire de pouvoir réviser, par exemple, le XIIIe siècle.

Bon, oui, tout cela aide, mais finalement je trouve que tout cela a un aspect tellement actuel que le besoin de connaître le XIIIe siècle est aussi grand que celui de connaître les recoins les plus cachés de notre propre âme. Toute interprétation stylistique requiert au moins l’illusion de s’éloigner de soi-même pour découvrir quelle autre source poétique a pu créer ce qu’on a devant soi. C’est une illusion, mais elle est nécessaire.

Chaque auteur est son propre représentant, et il pourrait en être de même pour chacune de ses œuvres.

Je ne pense pas que les règles ou les généralisations soient possibles. Surtout pour la musique d’une époque dont on a peut-être perdu la plus grande partie des œuvres. Il ne faut pas spéculer sur l’ecclectisme du style de compositeurs dont on ne conserve qu’une infime partie de l’œuvre. D’autre part, les auteurs dont on a beaucoup de matériel se caractérisent en général par leur cohérence. Je parle d’auteurs à la production abondante : Landini, Paolo, Matteo, Machaut ont leur propre langage.

Pedro Memelsdorff
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