Peter Phillipps, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Phillipps, Peter
ENTRETIENS
PETER PHILLIPPS


Alliant une rigoureuse érudition, une programmation créative et des connaissances musicales supérieures, les Tallis Scholars sont devenus l’un des ensembles ayant le plus de succès en musique ancienne et en musique classique en géneral. Au-cun autre ensemble n’est aussi étroitement identifié à son répertoire que les Tallis Scholars. Avec comme signe distinctif leur impeccable qualité tonale et une fusion des voix frisant la télépathie, les Tallis Scholars font partie de l’élite du monde de la musi-que ancienne. Si vous parlez avec un amateur de musique classique non familiarisé avec la musique ancienne, vous remarquerez qu’il est incapable de vous dire quel est le répertoire de Hespèrion XX ou de Musica Antiqua Köln. Mais si vous mentionnez les Tallis Scholars, il vous répondra certainement (ce qui ferait venir sur le visage de Phillips un sourire stupéfié) : le Miserere.

Vous avez interprété cette musique pour la première fois il y a 25 ans, marquant en quelque sorte la création des Tallis Scholars. Vous est-il jamais arrivé, dans vos pensées les plus folles, de penser que vous connaîtriez le succès qui est actuellement le vôtre ?

C’était en novembre 1973, il y a de cela près de 26 ans. A cette époque je ne pensais pas que ce serait un succès. Je n’avais aucune idée de ce que j’étais en train de faire et je n’avais alors que vingt ans. Je faisais simplement ce que font les jeunes : j’avais découvert quelque chose que je faisais avec plaisir et je voulais en faire plus. J’étais à Oxford, un endroit plein de bons chanteurs, et j’en ai profité. Je n’avais pas de projets, si ce n’est que je n’en avais pas non plus pour faire autre chose. Sans me le proposer, je savais que j’allais continuer, mais l’idée que ce serait un succès ne m’a jamais traversé l’esprit.

C’était votre passion, et vous vous y êtes consacré : c’était la bonne route ?

Oui, mais les décisions réellement difficiles allaient venir 10 ans plus tard. Au début nous étions juste un ensemble amateur d’amis étudiants qui chantaient la musique qu’ils aimaient. Transformer cela en un ensemble professionnel faisant des tournées demanda des prises de décisions difficiles. Nous nous sommes vus pratiquement obligés à devenir professionnels sous le premier gouvernement de Maggie Thatcher. Les lois définissant qui devait toucher un salaire, et quels devaient être les rapports avec les syndicats sont devenues très strictes vers 1979 ou 1980. Je pense que nous sommes devenus professionnels vers 1981.

A cette époque, vous interprétiez principalement au Royaume Uni ? Ou étiez-vous déjà venus aux Etats-Unis ?

Et bien, nous sommes venus en 1981. C’était une tournée amateur, personne n’était payé (ou tout au moins, pas vraiment). Elle avait été organisée par un ami qui avait des contacts, et nous chantions dans des églises.

Il semble que le principe moteur de nombreuses interprétations de musique ancienne des dix dernières années environ soit un besoin presque maniaque d’atteindre « l’authenticité d’époque », une tentative de recréer le son du chœur de la Chapelle Sixtine, et d’autres choses de ce genre. Les Tallis Scholars se sont écartés de cette tendance, puisque le chœur comprend des voix de femmes sopranos.

Nous aurions utilisé des femmes sopranos de toute manière, car nous n’avons, ni n’aurons jamais, aucune idée du son des chœurs de la Renaissance. Point final, fin de la discussion.

Vous pensez donc que cette obsession était plutôt stupide?

Les gens n’agissent pas de façon préméditée, n’est-ce pas ? C’était un idéalisme, quelque chose qui donnait aux gens une identité, je suppose, et c’est devenu presque comme une religion. S’ils devenaient plus authentiques, ils auraient une révélation nouvelle et cruciale sur la façon d’interpréter la musique, qui mettrait hors de combat tous leurs concurrents. Cette façon de penser ne passe plus maintenant ; tout cela est dépassé. En réalité, nous ne l’avons jamais accepté. Cela m’intéressait plus de découvrir la meilleure musique possible et de la chanter le mieux possible. C’était là ma devise. Il s’agissait d’un objectif à long terme ; tu ne peux pas devenir à la mode et rester ensuite ancré dans une tendance qui t’anéantit au bout de cinq ans.

Peter Phillipps
Cette série de photos de Peter Phillips a été prise à la « Chaise de Philippe II », dans les environs du monastère de l’Escorial
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