Paolo Pandolfo, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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Pandolfo, Paolo
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PAOLO PANDOLFO
La viole de gambe a perdu son patrimoine au profit du violoncelle ?

Le violon et le violoncelle ont pris la place de la viole de gambe. De même que la bourgeoisie a pris la place de l’aristocratie mourante, la viole de gambe, qui est l’expression la plus raffinée de l’art musical aristocratique, a disparu avec elle. La viole, qui était un instrument parfait pour faire de la musique pour un petit nombre, ne l’est pas pour faire de la musique pour un grand nombre. Le Blanc parle avec horreur des cordes si énormes et rigides qu’utilisaient les violonistes et les violoncellistes. Et des durillons qu’elles produisaient quand on en jouait. Cela n’arrivait jamais aux gambistes, car les cordes étaient beaucoup plus fines, et il l’explique : les cordes des violes doivent être suffisamment fines pour que leur vibration se poursuive une fois l’archet passé et la résonnance désirée produite. Une plus grande tension de la corde entraîne une moindre résonnance. La viole luttait pour occuper sa place dans la musique moderne, et on y mettait des cordes plus fortes. Et c’est ce qui se passe maintenant en Europe, où il y a des gambistes qui utilisent des cordes de plus en plus grosses pour obtenir un son proche de celui du violoncelle. Et cela me fait sourire, car cela n’a pas de sens. La viole est autre chose.

Et comment faire pour que cette musique, autrefois conçue pour un petit nombre, soit aujourd’hui pour un grand nombre?

Si on joue une belle fantaisie pour théorbe de Visée, on ne peut pas la jouer dans une salle de trois mille personnes, à moins que l’accoustique de la salle ne soit extraordinaire. Cette musique ne se conçoit pas pour un grand nombre. Un exemple de musique intellectuellement aristocratique a été un certain répertoire polyphonique de pure recherche formelle, comme certaines pièces de Gesualdo. On peut aussi penser au XXe siècle, où le plus important n’est pas la communication avec le public. Les adeptes de ce type d’œuvres sont les musiciens eux-mêmes, qui peuvent détecter les sonorités et apprécier des détails ; c’est pourquoi il s’agit vraiment d’une musique pour un petit nombre. Ma manière de sentir la musique aristocratique a toujours l’homme pour centre. Il faut bien sûr un premier input culturel, mais pas aussi brutal que celui qu’il faut pour écouter de la musique, je ne sais pas, moi, de Stockhausen... Je pense que la musique du Baroque et de la Renaissance est parfaitement compréhensible. Tout est plus naturel, semblable au naturel que l’on trouve souvent dans la musique pop ou le jazz, où le problème de produire un son énorme ne se pose pour personne, parce qu’il y a l’amplification. La question est de savoir comment rendre les détails de ce qu’on est en train de jouer ou de chanter, exactement comme à l’époque où, n’ayant pas ces problèmes de projection d’une quantité de son énorme, on se concentrait pour savoir s’il fallait ici chanter davantage, ou là faire une petite césure. Comme l’un de ces chanteurs qui collent presque le micro à leur bouche, faisant entendre chaque mot dans toute sa sensualité. Où est-ce que l’on peut entendre cela dans un opéra du XIXe siècle ? C’est impossible !

Je pense que la musique du Baroque et de la Renaissance est parfaitement compréhen-sible. Tout est plus naturel, semblable au naturel que l’on trouve souvent dans la musique pop ou le jazz.

Les musiciens classiques se résistent en général à utiliser l’amplification électrique...

Je me rappelle deux concerts que j’ai donnés à Londres dans la salle St John’s, à Smith Square, qui est immense. C’est un orgueil de jouer là, en étant conscient que le son remplit une aussi grande salle. La quantité de son n’est qu’une valeur marginale.

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