Joshua Rifkin, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Heinrich Schütz
ENTRETIENS
Emma Kirkby
10 CDs pour une île déserte : Joshua Rifkin
ARTICLES
La Vienne de Fux
Carnets de Voyage II
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COMPOSITEURS
Rifkin, Joshua, 10 CDs pour une île déserte
ENTRETIENS
10 CDS POUR UNE ÎLE DÉSERTE: JOSHUA RIFKIN
WAGNER

Gotterdämmerung
Kirsten Flagstad
William Fürtwangler
Opera d’Oro

Alors que Toscanini et Beethoven, de même que Brahms, étaient la meilleure définition du paradigme classique dans lequel j’ai été élevé, j’ai mis longtemps avant d’apprécier la grande antithèse de Toscanini: Furtwängler — mis à part les limites de ma vision d’adolescent, la façon dont la plupart des gens l’idolâtraient me semblait vraiment désagréable, surtout les chefs d’orchestre qui le citaient comme un modèle d’exécution qui, à moi, me paraissait inévitablement gratuite et pompeuse. Cependant, bien que les soi-disant furtwängleriens ne m’aient jamais plu, j’ai sans aucun doute appris à vénérer (oui, je vais utiliser ce mot) l’objet de leur adulation. Et rien ne me plaît plus de Furtwängler que son Wagner, qui est aussi entré dans ma vie relativement tard : pas avant que j’aie vingt ans, lorsqu’une rencontre survenue par hasard avec La Walkyrie a transformé mon dégoût en dévotion. La Walkyrie dirigée en studio par Furtwängler possède certains aspects prodigieux (la manière dont montent les cuivres sous le solo de Siegmund vers la fin de l’Acte I, ou la « Chevauchée des Walkyries », avec son incroyable légèreté. Mais il me semble qu’en dernière instance, je garderais le fin du fin des « fragments sanglants » : la scène finale du Crépuscule des dieux, avec Kirsten Flagstad. Ecoutez simplement comment Furtwängler construit les réitérations séquentielles du motif du Walhalla juste avant la fin : ce qui avec d’autres chefs d’orchestre sonne comme une série de répétitions pédestres se transforme en une intensification d’une force écrasante. Si j’ai entendu un jour une grande direction, c’est celle-ci.

The Complete Jelly Roll Morton’s Red Hot Peppers 1926-1930

Music Memoria

Je serais vraiment triste de ne rien avoir des débuts du jazz. Une fois de plus, ce n’est pas facile de choisir. Le jeune Louis Armstrong, l’Ellington de Black and Tan Fantasy ? Je crois, pourtant, que je me déciderais pour Jelly Roll Morton. Mais pas les solos pour piano, même s’ils me plaisent beaucoup, car le Morton que je préfère se trouve plutôt dans ces spectaculaires concerts d’ensemble avec les Red Hot Peppers : un mélange de discipline rigoureuse et de désinvolture rythmique, de sonorités âpres et d’harmonies chargées d’affection. Y-a-t-il quelque chose en jazz qui dépasse le trio de Sidewalk Blues ? Cependant, j’aurais aimé que la réédition en CD éditée par la Bibliothèque du Congrès n’ait pas éliminé l’introduction parlée.

BERG

Altenberg-Lieder
Margaret Price
Claudio Abbado
DG The Originals

Il ne me reste pas grand chose de mon passé de sérialiste. Mais il y a deux pièces des premiers temps de l’atonalité qui n’ont jamais perdu leur impact sismique : les Cinq Pièces pour Orches-tre op. 16 de Schönberg, et les Altenberg-Lieder op. 15 de Berg. En réalité, j’ai écouté ces deux compositions pour la première fois dans le même concert ou série de concerts, un genre de mini festival Stravinsky au cours duquel le compositeur a dirigé Les Noces et certaines de ses musiques les plus récentes, présentées à New York aux temps de mon impressionnable adolescence. Les Altenberg-Lieder ont causé une sensation toute particulière après être restés inédits dans l’oubli sans avoir été écoutés dans la pratique depuis l’échec de leur première en 1913 ; je sens encore un fourmillement dans la moelle épinière en me remémorant le frisson que j’ai ressenti en entendant ces mystérieuses mesures initiales. Malheureusement, l’enregistrement réalisé avec la soliste de l’occasion, la remarquable Bethany Beardslee, est épuisé depuis longtemps. Parmi les interprètes actuellement en vente et que je connais, j’opterais probablement pour Margaret Price et Claudio Abbado.

GERSHWIN

Piano music & Songs
Joan Morris
William Bolcom
WEA/Atlantic/Nonesuch

En passant il y a deux jours chez le disquaire (où je vais de temps en temps !) j’ai eu une heureuse surprise : deux de mes LP favoris ont été rassemblés en un seul CD, ce qui m’a permis de raviver ma relation et mon enthousiasme pour les deux. En revenant sur l’époque où j’exerçais plusieurs métiers (chargé d’artistes et de répertoire, rédacteur de textes pour les pochettes, chargé d’éditions, et — oui, aussi — instrumentiste dans des enregistrements pour Nonesuch Records), j’ai joué un rôle dans l’incorporation à ce label de mon collègue et ami William Bolcom, qui a rapidement participé à son activité. De tous les disques que Bill a faits pour nous, j’ai particulièrement aimé ceux consacrés à Gershwin, un qui contenait sa musique pour piano, et l’autre, une sélection de chansons interprétées par l’épouse de Bill, la chanteuse Joan Morris. Je crois que personne, depuis l’époque de Gershwin, n'est parvenu autant que Bill et Joan au cœur, au cerveau et au nerf de cette musique. La vie me semblerait bien pauvre sans la possibilité de l’écouter, lui, jouer Liza, et elle, chanter Isn't a Pity.

JUDY COLLINS

Wildflowers
WEA/Elektra

Je ne devrais peut-être pas choisir l’un de mes propres disques, mais je vais rompre sans vergogne la norme, et emporter un album dans lequel je suis intervenu : Wildflowers, de la chanteuse Judy Collins, dont j’ai écrit et dirigé les arrangements. Les chansons (de Joni Mitchell, Leonard Cohen et Judy elle-même) résument dans la pratique le côté « folk » des années soixante ; la production m’emmena pour la première fois au « pays imaginaire » de Los Angeles et m’a permis le caprice de faire réalité les rêves malhériens débordants que mon personnage sérialiste avait tenus à distance. J’ai mis dans cet album tout ce que j’avais ; en l’écoutant, je pense que ce garçon avait du talent. Je me demande où il est passé.

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