Rinaldo Alessandrini, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Alessandrini, Rinaldo
ENTRETIENS
RINALDO ALESSANDRINI
On remarque aujourd’hui une extraordinaire flambée pour le Baroque. Comment vous expliquez-vous cette attraction ?

Les conditions d’écoute de la musique ancienne ont changé. Il y a aujourd’hui plusieurs raisons pour s’occuper de ce répertoire. C’est d’abord un immense patrimoine à découvrir pour les musicologues, un travail de recherche et de restitution des partitions qui donne une profonde satisfaction.

Pourquoi, selon vous, la musique ancienne a t-elle été longtemps négligée ?

Je pense qu’en Italie au XIXe et au début du XXe siècle, la grande explosion de l’opéra romantique a signifié une régression et une certaine rupture avec une tradition musicale plus complète. Le pouvoir de l’opéra était tel que la musique instrumentale pure n’était pas vraiment appréciée, elle était très « exotique ». Il était même rare que l’on donne en concert une symphonie entière, parce que le public s’ennuyait, on jouait un mouvement seulement. J’ai pu le constater en lisant les programmes d’alors. Le phénomène de l’opéra a été une dévastation de la culture musicale et on a dû attendre une certaine réaction contre l’art lyrique. Dans les années 20, Stravinsky avait déjà composé ses œuvres les plus importantes, le concept d’opéra a commencé à vaciller. C’est alors qu’on a retrouvé le goût pour cette musique différente. On peut ajouter à cela qu’il y a eu une énorme dégradation de la didactique. La tradition des XVIIe et XVIIIe siècles supposait une juste combinaison des questions techniques et des problèmes purement musicaux. Malheureusement, ensuite, on a placé la technicité sur le même plan que l’expressivité. Il existait des traités pour le clavecin ou l’orgue sur l’usage du doigté. On indiquait qu’il fallait utiliser les doigts les plus forts et ne pas chercher la force de tous les doigts pour que la musique soit interprétée avec les possibilités de la main. De nos jours, avec la grande technique, tous les doigts jouent avec la même puissance : on a fait de la seule égalité une qualité artistique ! En fait, chez un véritable musicien, c’est le manque d’égalité qui est expressif. Il faut travailler l’égalité, c’est un premier niveau, puis l’oublier, apprendre à l’oublier, pour transmettre l’essentiel de la musique.

Ce qui m’ennuie le plus, et je ne parle pas du répertoire, c’est par exemple un quatuor à cordes modernes où l’homogénéité est exaltée. En réalité, c’est de pouvoir écouter quatre timbres différents qui dialoguent qui est intéressant, quatre individus qui parlent en même temps, du même argument, et non pas la même personne dotée de quatre voix égales. C’est absurde car il n’existe rien de semblable dans la nature. L’homogénéité fait perdre le mouvement de la vie. Ce qui donne du sens, ce n’est pas la prouesse technique ni la perfection. L’expression musicale réside dans le contraste d’un élément et de son contraire. On a le piano parce qu’on a le forte. De même avec les couleurs, le blanc valorise le noir.

Comment la redécouverte de ce patrimoine s’est-elle révélée en Italie ?

Les Italiens ont commencé très tôt à interroger ce répertoire. J’ai été heureux d’admirer la collection érudite de musique ancienne, éditée par un esprit original, Gabriele d’Annunzio, où figuraient des œuvres de Frescobaldi par exemple.

J’ai été surprise d’apprendre à la lecture de votre biographie que vous étiez autodidacte ! Comment est née votre vocation ? Votre milieu familial a-t-il été propice au développement de votre disposition pour la musique ?

J’ai commencé l’apprentissage de la musique à Rome, très tard, vers 14 ans, par l’étude du piano. Mon père avait dû renoncer au chant pour subsister et ma mère ne connaissait pas du tout la musique. C’est l’exemple d’un jeune pianiste ami qui a éveillé ma curiosité. Puis, j’ai eu un professeur exceptionnel qui m’a beaucoup aidé. Son enseignement a été déterminant. Nous écoutions beaucoup de musique et nous en parlions longuement ensemble. Il m’a fait partager son admiration pour Clara Haskill et quelques autres et m’a permis de comprendre la nature profonde des œuvres. Il m’a transmis le concept essentiel de l’élégance en musique. Je suis toujours en relation avec lui, je le considère un peu comme un second père.

Quels compositeurs avez-vous abordés au piano ?

J’ai travaillé Mozart, Haydn, Beethoven, très peu de Chopin, les Rhapsodies de Brahms surtout.

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