Philip Pickett, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Pickett, Philip
ENTRETIENS
PHILIP PICKETT
Revenons à la musique que le New London Consort produit depuis si longtemps. Nous avons déjà parlé de la couleur et de la variété des formations que vous utilisez quelquefois pour la musique du Moyen-Âge et de la Renaissance. Par contre, et cela peut sembler paradoxal, quand vous en arrivez à la musique baroque, vous êtes un minimaliste. Pourquoi cela ?

Eh bien, pour en revenir à la question du Moyen-Âge et de la Renaissance, c’est dû en partie à la nature des lieux de concert contemporains. Si on doit donner un concert, par exemple, au Queen Elizabeth Hall, il est tout à fait préférable d’avoir une grande formation, sinon personne n’entendra quoi que ce soit. Mais il faut aussi savoir que, dans la période antérieure au Baroque, il y avait des circonstances dans lesquelles des centaines de musiciens, littéralement, se réunissaient et, sans doute, jouaient ensemble. Vous n’avez qu’à penser aux intermedii florentins, par exemple, ou encore à Lassus et au mariage de Munich. Le concept de grande formation a vraiment commencé, si l’on y pense, avec les rassemblements de ménestrels. Ils se réunissaient et jouaient ensemble, il y avait des acrobates et ce genre de choses. Il y a donc toutes sortes de justifications historiques. Pour moi, c’était aussi, me semble-t-il, l’occasion de faire sortir de l’ombre une musique qui, après la mort de Munrow, était devenue de plus en plus une activité de ghetto : une multitude de groupes minuscules retirés dans leurs mansardes.

Vous avez traité de cet aspect dans un texte publié dans le Companion to Medieval and Renaissance Music [Londres, 1992].

En effet. Et j’insiste là-dessus. Prenez les frères Davies et leur Medieval Ensemble of London. Ils ont littéralement embrassé 25 années de musique. C’était leur répertoire et on les a louangés pour cela. C’était bien, mais…

Je ne suis pas sûr que ce soit tout à fait juste d’affirmer cela. Après tout, leurs enregistrements pour L’ Oiseau-Lyre de l’intégrale des œuvres profanes de Dufay et Ockeghem restent des références qui font école de nos jours encore.

Mais ces enregistrements de référence furent des aberrations produites à l’instigation de la compagnie de disque. Leur répertoire de scène reprenait seulement l’Ars Subtilior. C’est pourquoi ils avaient un public très restreint, mais un public loyal, dont je faisais d’ailleurs partie. Nous les avons suivis et nous avons entendu cette chose folle et bizarre, qui était très bien faite. Mais cela ne sortait pas du cadre établi, comme le faisait Munrow, qui réussissait à attirer des gens qui ne connaissaient aucunement les concerts de musique ancienne. Ceux-là n’y sont plus retournés après sa mort. Ce petit homme amusant qui rougissait et se gonflait les joues, qui créait le plaisir, n’était plus là : la personnalité s’était envolée. J’ai donc essayé de donner une personnalité à un groupe qui avait un peu plus de volume et pouvait remplir de plus grandes salles. En d’autres termes, de ne pas me restreindre à un ghetto. Cela dit, le noyau qui allait donner des concerts partout comprenait cinq personnes, et nous n’avons fait de grands événements qu’à Londres.

Un des problèmes des grands événements dont vous parlez doit être le lieu. Par exemple, vous avez présenté récemment une reconstruction liturgique complète de la Messe de Nostre Dame de Machaut au Queen Elizabeth Hall, une salle qui manifestement n’a pas la moindre ressemblance avec ce qui pourrait être un endroit authentique. Est-ce que cela ne pose pas des problèmes presque insurmontables ?

Eh oui, à commencer par l’acoustique !

Philip Pickett
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