John Eliot Gardiner, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Gardiner, John Eliot
ENTRETIENS
JOHN ELIOT GARDINER
Quand on observe votre biographie et votre discographie, on est impressionné par l’ampleur et la densité des œuvres que vous avez dirigées et enregistrées. Vous avez tour à tour interrogé les monuments de l’histoire de la musique, de Schütz et Monteverdi à Stravinski et Britten. Lorsqu’on remonte le cours de votre histoire personnelle, on remarque que l’adolescent enthousiaste que vous étiez a éprouvé, dans son premier essor, le besoin de satisfaire une curiosité et de se confronter à la réalité du monde en allant à la rencontre d’une autre culture, celle du Proche-Orient. D’où vous est venu cet élan décisif ?

Je dois beaucoup à un être extraordinaire, Christopher Scaife, mon parrain, qui a joué un rôle déterminant dans l’orientation de mon existence. Il était un homme de grande culture, professeur d’anglais à l’Université américaine de Beyrouth. Enfant, je lui ai rendu visite en compagnie de mes parents. J’ai été ébloui par le Liban et je suis tombé amoureux du Proche-Orient. A dix-huit ans, lorsque j’ai achevé mes études secondaires, j’ai décidé de passer quelques mois chez lui, au Liban, avant d’entreprendre des études universitaires. Cet homme merveilleux m’a permis l’accès à des expériences qui ont eu un pouvoir formateur d’une rare qualité. Pendant l’année 1961, j’ai travaillé dans un camp de réfugiés à Bethléem pour la reconstruction d’une école, c’était une épreuve très dure et révélatrice du combat que menaient des êtres en souffrance. Je me suis trouvé ensuite à Pétra, en Jordanie, comme photographe et archéologue-géomètre. Le quotidien était rude, nous logions dans un camping, loin de toute civilisation du confort. Puis, j’ai passé quelques mois à Gaza et à Ramalla de nouveau dans des camps pour venir en aide à ceux qui s’y trouvaient dans des conditions déplorables. J’ai beaucoup appris de la vie au contact de ces malheureux. On m’a demandé d’écrire un texte pour un documentaire sur les réfugiés palestiniens. Ces souvenirs ont laissé en moi des traces indélébiles.

A vous écouter, on a le sentiment que dans vos années de jeunesse vous cherchiez à répondre à un défi personnel pour mettre à l’épreuve votre identité intérieure. Comment la musique est-elle devenue l’agent de cette énergie qui vous animait alors ?

Les chemins semblent apparemment opposés, mais j’ai acquis à travers ce vécu une part de vérité humaine, une ouverture généreuse au monde sous le signe de l’échange et de la tolérance, une curiosité pour toute chose proche orientale. Nous sommes loin de la situation actuelle ! Ces impressions éprouvées dans l’adolescence ont définitivement modifié et modelé ma sensibilité. La découverte du Proche-Orient m’a fasciné. L’ Occident chrétien a absorbé, en partie, l’essence de la culture arabe et s’est nourri de ses apports : la philosophie grecque, l’astrologie et surtout les mathématiques et la musique. J’ai été envoûté par la musique arabe, son chant incantatoire d’une intensité inouïe. Mon amour profond pour Monteverdi, sans doute lui-même perméable aux influences de la musique turque qu’il écoutait à Venise, est peut-être lié à une connaissance et à une affection particulière pour la musique arabe et c’est sans doute dans ce creuset que ma vocation trouve son origine. J’ai voulu à mon tour participer à cet enchantement, non pas dans une fosse d’orchestre mais avec mon violon. J’ai cachetonné au Casino de Byblos près de Beyrouth et, deux ou trois fois par semaine, j’ai accompagné dans un night-club arabe, Fairouz, cette magnifique chanteuse libanaise. Elle etait connue comme le « rossignol arabe ». Dès mon retour en Angleterre j’ai été hanté par le Proche-Orient et j’ai décidé de retourner vers ces terres élues. Mais la Guerre des six jours a commencé...

L’ attrait du Proche-Orient n’était-il pas alors en contradiction avec le déroulement de vos études universitaires ?

Pas tellement. A Cambridge, j’avais opté pour des études d’histoire qui m’ont aidé à donner sens et valeur aux créations du passé. J’ai traversé un moment de doute sur mes orientations. J’ai eu alors un professeur extraordinaire qui m’a été d’un grand secours au seuil de cet âge des choix. Il m’a demandé de m’assurer du bien fondé de ma vocation pour me déterminer avec lucidité. J’ai pris un temps de réflexion consacré à l’apprentissage de l’arabe classique et de l’espagnol médiéval. J’ai recruté choristes et musiciens et, après une sérieuse préparation, nous avons donné Les Vêpres de la Vierge de 1610 de Monteverdi. C’est alors que je me suis abandonné à mon intuition qui me portait vers la musique.

John Eliot Gardiner
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