Fabio Biondi, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Alessandro Scarlatti
ENTRETIENS
Fabio Biondi
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COMPOSITEURS
Biondi ,Fabio
ENTRETIENS
FABIO BIONDI
Vous êtes un musicien italien et vous défendez avec passion le patrimoine de votre pays. Votre démarche éclaire, en son nom et sous son signe, une certaine conception de la musique italienne et ouvre des chemins aux perspectives infinies pour les mélomanes et les chercheurs. Vous interrogez à travers vos interprétations les formes que ce répertoire a revêtues aux XVIIe et XVIIIe siècles. Vous vous demandez quelles conditions ont permis l’apparition des inventions du génie baroque.

En effet, en dissipant les ténèbres qui entourent des œuvres aujourd’hui encore méconnues, nous progressons dans la connaissance de ces domaines musicaux. Il y a tant à découvrir, les bibliothèques conservent des trésors qui ne demandent qu’à être exhumés, un fonds d’une richesse incroyable est encore à exploiter, même en direction de compositeurs majeurs. Notre désir consiste, aussi, à capter l’intérêt des mélomanes pour des musiciens considérés aujourd’hui comme mineurs, alors qu’ils avaient une grande notoriété de leur temps. Par exemple, Locatelli était inconnu il y a une dizaine d’années alors qu’au XVIIIe siècle il était une étoile qui animait la vie musicale par la hardiesse et la virtuosité de son écriture instrumentale. Des cas semblables sont nombreux. Les progrès de la recherche enrichissent l’histoire de la musique, nourrissent son vocabulaire et son langage. Toute cette matière à explorer nous permet de ne pas tomber dans la routine et de nous renouveler. Les informations sur la vie quotidienne, sur la façon de jouer et la philologie des instruments baroques sont des points de départ d’un immense parcours qui met en mouvement la vérité de la musique en situation, sa fonction sociale, le contexte et les pratiques d’exécution, autant de données qui valorisent la qualité des œuvres.

Comment pourrait-on légitimer le terme de musicien baroque, son unité stylistique et son idéal esthétique ?

Par le travail, on doit parvenir à une authentique harmonie entre les règles, pensée et notation musicale, et la liberté laissée à l’improvisation. Il y a vingt ans, au moment des débuts de William Christie, de Philippe Herreweghe et de Nikolaus Harnoncourt, j’ai vécu, parfois douloureusement, l’archéologie du baroque. Des études patientes et une réflexion permanente m’ont permis de développer un jeu personnel et apprécier toutes les ressources de mon instrument, la réaction des boyaux, des cordes, les coups d’archet... Cela ne peut s’improviser d’un jour à l’autre.

J’ai consulté les manuscrits, comparé les sources, analysé les indications du compositeur sur les partitions, détaillé les nuances. J’ai été amené à cerner ma propre identité culturelle, je ne peux pas jouer comme un Nordique, ma sensibilité est latine ! Une préparation approfondie précède les répétitions et le matériel est disponible pour chacun afin d’éviter les balbutiements du déchiffrage. Ce travail essentiel est à mener en vue d’une bonne définition du style de l’œuvre et une compréhension véritable de la science du compositeur. Je souhaite que mon ensemble, Europa Galante, apporte sa griffe et sa vision contemporaine de la musique baroque perçue à travers la sensibilité de l’homme du XXIe siècle. Il ne s’agit pas de restituer la musique comme on pense qu’elle était interprétée à l’époque mais de la donner à écouter à travers un prisme moderne.

Comment vous est né ce goût du dialogue avec un passé revisité à travers la pratique du violon baroque ?

A la fin des années 60, l’écoute de certains enregistrements comme La Passion selon saint Matthieu dirigée par Harnoncourt a été déterminante pour mon orientation musicale comme d’ailleurs toute la discographie de ce chef exceptionnel. J’ai décidé alors d’étudier le violon. Ma famille était très mélomane. Mon père, médecin, aimait la musique ancienne. Mon grand-père, avocat, était pianiste amateur. Il nous initiait à la beauté des Messes de Palestrina.

L’admiration enthousiaste pour Nikolaus Harnoncourt vous a donné la mesure du rayonnement de cette musique et de son souffle poétique ?

Sa manière d’interpréter comparée à l’enseignement classique du conservatoire de Palerme était surréaliste ! J’ai compris comment il fallait aborder cette musique ! Il m’a indiqué la voie juste pour aller au cœur de ces œuvres. Mon amour pour Vivaldi et pour Bach a renforcé mon désir de questionner ce répertoire pour retrouver des territoires oubliés.

La Sicile était une île assez repliée sur elle-même. Il était indispensable pour moi de partir. A 14 ans, j’ai quitté Palerme et ma famille après la première année de violon, pour me rendre tout seul à Parme et y poursuivre mes études avec Anna Maria Catoni, une des violonistes de l’ensemble I Musici de Rome qui enseignait également au Conservatoire de Parme. J’ai beaucoup travaillé, je pratiquais le violon sept heures par jour. J’étais baigné dans les échos de la musique baroque qui ont forgé la nature de l’adolescent que j’étais. J’avais autour de moi des amis et c’est avec eux que quelques années plus tard j’ai formé l’ensemble Europa Galante.

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