Fabio Biondi, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Alessandro Scarlatti
ENTRETIENS
Fabio Biondi
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COMPOSITEURS
Biondi ,Fabio
ENTRETIENS
FABIO BIONDI
Votre passion pour la musique ancienne se nourrissait-elle d’un voyage imaginaire vers le passé favorisant la liaison et la correspondance entre la musique et les arts ?

En tant que Sicilien, je côtoyais la présence du monde grec et romain dont les vestiges architecturaux me passionnaient comme autant de signes d’une culture sublime. La tragédie antique, tout particulièrement, a fait naître des modèles dont le baroque s’est constamment inspiré. Le baroque est une perpétuelle évocation du monde antique. La civilisation grecque et romaine a déployé une fabuleuse énergie dont nous héritons et qui a construit l’identité occidentale, constituant ainsi le patrimoine le plus ancien de notre modernité comme une ligne continue qui a pu s’établir entre la Grèce, l’époque hellénistique et notre monde contemporain.

Cet apport est très perceptible dans l’opéra baroque qui est en somme la recréation du sentiment de cet univers antique. Je suis très ému de voir et d’écouter Jules César chanter sur scène. Cette fascination m’est venue très tôt, à une époque où ce genre était complètement oublié, même par les ensembles spécialisés. Par exemple, la seule façon de connaître les opéras de Haendel était l’écoute des disques vinyl, venus des Etats-Unis, édités par la Haendel Society of New York. Orlando, entre autres, a été pour moi une révélation incroyable. Alors que maintenant, les spectacles baroques sont régulièrement programmés et font salle comble dans le monde entier. Les goûts évoluent, les intérêts changent en matière artistique.

La valeur de la notion de beauté liée à l’esthétique et à la sensibilité d’aujourd’hui révèle la preuve de l’extraordinaire vitalité de ce passé. Mais avant la redécouverte de l’opéra, c’est la musique instrumentale qui a été d’abord mise à l’honneur.

Il y a peu encore, on pouvait observer qu’en Italie l’acte de naissance de l’opéra faisait référence au XIXe siècle, alors que c’est le début du XVIIe qui a enfanté ce genre. Les Italiens ont eu longtemps tendance à occulter cette vérité historique que le XIXe siècle avait gommée.

Comment pouvez-vous définir l’attraction qu’exerçait le violon baroque sur l’adolescent que vous étiez ?

C’est la sonorité un peu aigre de l’instrument qui me touchait et me donnait le sentiment d’un retour vers les origines du son, comme la quête d’une pureté primitive perdue. C’était comme si j’entendais l’appel de la formation du son initial. Je partageais cette curiosité avec d’autres étudiants, à une époque peu réceptive à nos tentatives, nous étions considérés comme des fous. Il faut reconnaître que le niveau des musiciens était assez faible. Les instruments baroques commençaient tout juste à susciter de l’intérêt. Les modernistes leur reprochaient leur manque de précision. La technique a bien évolué depuis...

Comment expliquez-vous l’attraction pour l’âge baroque et la ferveur récente que rencontre cette musique comme si une parenté unissait notre époque à ces siècles passés.

Cette réaction est compréhensible face à une vie musicale qui commençait à montrer un aspect répétitif. La grande époque, marquée par de fortes personnalités comme Milstein, Heifetz, Oistrack, était révolue. Les autres musiciens jouaient selon des clichés interprétatifs de manière uniforme qui banalisait chaque expression singulière. On jouait Vivaldi comme Brahms, Brahms comme Debussy !... Il s’était installé une sorte de lassitude. La renaissance du baroque a affirmé encore une fois que la musique a besoin d’un savoir musicologique qui stimule la confrontation avec les œuvres comme une source régénératrice qui donne un nouvel élan à notre rapport à la musique.

Le risque d’une sclérose n’est-il pas toujours un danger dont il faut être conscient ?

La menace aujourd’hui est qu’on ressent les signes d’une usure qui commence à s’instaurer chez les baroqueux et qui peut nous faire retomber dans la situation que j’évoquais.

Vous avez d’emblée souhaité affirmer votre origine italienne en vous plaçant sous la figure emblématique de Vivaldi lorsque vous avez fondé Europa Galante en 1989.

Après une dizaine d’années de concerts et de collaborations comme premier violon avec La Capella Reial de Jordi Savall, les Musiciens du Louvre de Marc Minkowski ou le Seminario Musicale de Gérard Lesne, j’ai eu le désir de fonder mon ensemble avec Rinaldo Alessandrini pour promouvoir le style d’interprétation à l’italienne. La naissance d’Europa Galante a correspondu avec celle d’Opus 111. Nous avons, dès le début, voulu fortifier notre présence sur le marché discographique avec Vivaldi, un compositeur proche de notre sensibilité. Il est devenu notre mascotte dans les programmes de concert et de disque. Au cours des premières années, quand la présence du baroque était faible dans les saisons de concerts, le disque a été le moteur qui nous a sauvés.

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