Les moments les plus émouvants
Dans cette carrière déjà intense, vous citez comme moments les plus émouvants certaines de vos premières représentations. Une à la Scala, où l’on vous a lancé des fleurs, une autre à Marseille où l’on vous a fait répéter une aria. Est-ce que ça a été réellement les moments de plus grande émotion ?
Oui, je crois que les moments de plus grande émotion sont ceux qui se produisent au début de la carrière. J’ai chanté très tôt à la Scala, à l’Opéra Bastille, à Marseille, au Covent Garden, un peu plus tard à New York. Ce sont des théâtres qui m’ont ouvert leurs portes très tôt, et tous ces souvenirs sont donc inoubliables. A la Scala par exemple, dans la valse de Musseta, que l’on n’applaudit normalement pas, j’ai été applaudie. Mais je m’en souviens aussi parce qu’il avait beaucoup d’amis, qui me le rappellent. Je n’étais probablement pas consciente à ce moment-là de ce qui était en train de se passer. J’avais alors 31 ans, et pour moi c’était une chose magique.
Du point de vue de l’instrument, de la voix, quels changements avez-vous observés dernièrement, comment avez-vous évolué au long de ces années ?
Ma voix est beaucoup plus lyrique, ce n’est plus la voix légère dans laquelle l’appui dans la partie centrale était difficile. Maintenant ce n’est plus si difficile, parce qu’il y a un appui plus important. Ma tessiture de voix n’a pas changé. En réalité je me rends compte qu’il y a des gens qui sont surpris que je puisse faire des œuvres comme le Faust que je viens de présenter à Séville. Plus encore, il y a beaucoup de sopranos qui m’ont parlé des difficultés qu’elles ont dans la partie finale de cet opéra. C’est un opéra dont le dernier acte est très exigeant, et beaucoup de sopranos finissent exténuées. Moi, je peux vous dire que je suis mieux à la fin qu’au début de l’œuvre. Cela veut dire que la voix est parfaite, que ma voix est meilleure que jamais. Je crois que dans un certain sens ma voix s’est améliorée, j’ai acquis une plus grande unité de couleur. Ainsi, quand je donne un aigu, certains pourraient peut-être trouver que ce n’est pas un aigu. Beaucoup de chanteurs, lorsqu’ils donnent un aigu, en réalité ce qu’ils font c’est un cri. Et il semble que cela plaise à certains. Ma façon de chanter, comme je le disais, repose sur une unité de couleur de la voix. Lorsque l’aigu arrive, ma voix n’est pas stridente et les aigus sont plus naturels. Avant, au contraire, mes aigus étaient peut-être plus stridents.
Dans l’esprit des amateurs, et dans l’histoire de l’opéra, il y a des rôles auxquels on attribue un certain caractère mythique, que l’on considère comme une pierre de touche pour les chanteurs. Certains rôles de Verdi, en particulier la Violetta de La Traviata, ont ce caractère pour une soprano. Vous cependant, sauf de rares exceptions, vous n’avez pas chanté ces opéras de Verdi.
Il arrive parfois que l’on n’ait pas d’affinité, qu’on ne se sente pas proche d’un compositeur pour diverses raisons. Et c’est pour moi le cas avec Verdi. Il y a des compositeurs avec lesquels je m’identifie, et d’autres non. Et je ne me sens vraiment pas verdienne. Mais c’est maintenant. Cela ne veut pas dire que je ne chanterai pas Verdi à l’avenir. Le fait qu’il ne m’attire pas maintenant ne signifie pas que je n’évoluerai pas par rapport à ma pensée actuelle et que je ne chanterai pas des opéras de Verdi. Quant à la Traviata, c’est une pierre de touche, mais seulement pour un certain public. Tous ne pensent pas que si on ne chante pas la Traviata, on ne peut pas être considérée comme une soprano reconnue. Moi, par exemple, j’ai chanté Manon, qui est un opéra beaucoup plus compliqué. Et il est vrai qu’il n’a pas la même considération.
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