Vous attachez beaucoup d’importance à la conquête d’un nouveau public.
L’action que nous menons dans le répertoire baroque est important pour la musique en général, car il ne faut pas se tromper : il faut un travail de fond quant au public, pas seulement en France, mais également à l’étranger. Il faut aller vers le public et le rencontrer. Si l’Opéra de Lille met à notre disposition la maison d’opéra et ses “satellites”, le Concert d’Astrée disposera alors d’un lieu où il pourra vivre, où il pourra répéter et donner des concerts de musique de chambre. Il pourra en conséquence rencontrer un public, réfléchir sur les relations à établir avec lui, et ainsi travailler à sa fidélisation.
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Pour moi, la musique ancienne est inscrite dans le futur. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter la manière dont un Gardiner revisite Berlioz, et la texture obtenue n’a rien à voir avec ce que l’on entend habituellement chez Berlioz. Gardiner a fait sur notre patrimoine musical français un travail qui est une nécessité absolue.
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Vous appréhendez donc votre Concert d’Astrée comme un orchestre “normal”, dirons-nous.
Au Concert d’Astrée, nous menons une réflexion importante sur la vie d’orchestre. Malgré ses spécificités, un ensemble de musique ancienne est aussi par moment un orchestre, en fonction des répertoires qu’il aborde. Le grand privilège que possède un artiste dans notre répertoire, c’est qu’il possède un rapport plus individuel à sa musique, et une alternance plus fréquente entre musique de chambre – et donc une cellule de solistes –, et musique d’orchestre. Néanmoins, pour qu’un orchestre reste vivant et en conséquence actif, on pourrait dire sollicité, il faut mener une vraie réflexion. Et cela concerne jusqu’aux questions les plus pratiques. Dans mon ensemble, les musiciens aident au travail administratif parce qu’ils savent que nous manquons de personnel ! Cela leur donne une vision de la vie concrète et commerciale de l’ensemble.
Et dans cette perspective, votre expérience anglaise est importante.
Oui, mais là il s’agit d’insertion professionnelle de jeunes chanteurs. Le Glyndebourne Touring et son système de doublure existent depuis longtemps : c’est une véritable école d’opéra car les doublures ont un spectacle qui leur est donné, dirigé par le chef-assistant et mis en scène par l’assistant du metteur en scène, c’est une production à part entière. Vous pouvez imaginer la stimulation que cela représente. D’autre part, ces mêmes doublures participent au education programme. Quand la production se déplace une semaine dans une ville, les doublures se rendent dans les écoles et en collaboration avec les professeurs, ils présentent l’œuvre et la musique. Le résultat, c’est d’une part l’intégration progressive de jeunes artistes dans le monde professionnel, et d’autre part, la présence importante de jeunes dans le public. L’opéra n’est pas d’un accès aussi facile que l’on croit, lorsqu’on ne bénéficie pas au départ d’une aide, d’une clé d’accès. Quand j’ai dirigé Rodelinda, la doublure de Bertarido (un contre-ténor) parlait dans les écoles de son type de voix, il chantait des extraits avec un luthiste, l’assistant metteur en scène venait raconter l’histoire, apportait des maquettes de costumes etc… Avant ou après le spectacle, le chef répondait aux questions, souvent pertinentes, des enfants présents au spectacle.
Cela vous a donné des idées !
Ce ne sont pas les idées qui me manquent, j’ai mille projets stimulants et intéressants. Pour nous aider à les réaliser, nous avons la chance d’avoir des partenaires incroyablement engagés, comme l’Opéra de Lille ou même la Ville de Caen. Le Théâtre de Caen nous a invité dès nos premières productions, alors nous n’avions pas encore notre notoriété actuelle. De même pour Michel Franck et Jeanine Roze au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris. Peu à peu, nous développons un réseau de soutien. Par exemple, au Barbican Center de Londres, nous avons fait L’Orfeo, c’était notre première apparition. C’était une gageure car le budget était lourd, et maintenant nous sommes réinvités régulièrement : le Barbican devient donc un partenaire de plus, ce qui nous permet de travailler, de nous développer musicalement car voyager est indispensable pour un orchestre, que ce soit dans les communes de la région lilloise ou dans les capitales européennes.
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