Hopkinson Smith, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Smith, Hopkinson
ENTRETIENS
HOPKINSON SMITH
Quelle différence trouvez-vous entre les possibilités expressives des instruments anciens et celles des instruments modernes ?

Je crois que les grands interprètes qui possèdent une capacité de communication ont su transmettre leur message à n’importe quelle époque et avec n’importe quel instrument. Mais s’il nous faut comparer, je crois que les instruments anciens sont mieux adaptés pour “parler”.

Pourquoi avez-vous choisi la musique ancienne ?

Dans mon cas, la décision de me consacrer à la musique ancienne s’est imposée d’elle-même, sans qu’il y ait eu de rupture avec ma carrière de guitariste. Au moment où j’ai décidé d’abandonner la guitare je vivais encore à Boston et je terminais mes études de musicologie à Harvard. J’avais de plus en plus de travail comme luthiste et c’était évidemment un travail très intéressant. A cette époque-là je ne possédais pas de luth baroque et, de plus, il était impossible de réaliser une étude spécifique de cet instrument. C’est alors que j’ai décidé de venir en Europe. Je me suis inscrit à la Schola Cantorum Basiliensis (c’était en 1973), j’ai coupé mes ongles et j’ai commencé à chercher ma voie dans les instruments anciens. Ce fut un choix risqué. Je pensais ne rester qu’un an et comme j’avais l’idée de rentrer, je n’ai abandonné aucune de mes activités aux Etats-Unis.

Pendant ces 30 ans, vous n’avez jamais songé à rentrer ?

La musique ancienne tire encore sa vitalité de l’Europe, où la musique est beaucoup plus intégrée à la vie quotidienne. La culture ne se trouve pas dans les musées ni dans les bibliothèques mais chez les gens, et je trouve le domaine culturel beaucoup plus riche en Europe qu’aux Etats-Unis.

Quelle importance a eu le guitariste Emilio Pujol dans votre carrière ?

Pujol est la seule personne que je peux considérer comme un véritable maître. Les quatre fois où j’ai participé à des cours d’été qu’il donnait dans la province de Léridal– et qui duraient un mois – m’ont marqué pour le restant de ma vie. J’étais très jeune, j’avais à peine vingt ans et sa personnalité si singulière me fascina et me marqua profondément. C’était la première fois que quelqu’un me parlait d’art et de développement de la personnalité artistique. Pujol était une synthèse de la formation du musicien de la fin du XIXe siècle et de la mentalité technique du XXe. C’était un humaniste convaincu et un technicien exceptionnel en tant qu’instrumentiste. Quand je dis “humaniste” je me réfère à sa perspective spirituelle et à l’importance qu’il donnait à la sincérité que tout interprète doit avoir. J’essaie de suivre l’idéal du maître. Par ailleurs je suis en contact avec María Adelaida, sa veuve, une personne exceptionnelle, qui vit à Barcelone.

Les cours de Lérida n’étaient pas que des cours de guitare ?

Non, il y avait aussi des cours de luth et de musique ancienne. A cette époque, je m’intéressais surtout à la guitare à six cordes. Pujol avait une approche très moderne du développement technique de la guitare et de la manière de phraser au diapason de l’instrument.

Avec Pujol, quels autres musiciens ont influencé votre formation ?

J’ai reçu en particulier l’influence de mon professeur de luth, Eugen Dombois et du contre-ténor anglais Alfred Deller. Grâce à lui j’ai compris le lien entre le sens du son et l’impact poétique, ce que j’ai trouvé très peu souvent dans le domaine de la musique ancienne. Dans ses cours, Deller mettait en valeur la façon de produire le son et le moyen de transmettre les paroles d’une composition, où l’artiste et l’auditeur s’imprègnent de chaque mot.

Si dans la musique accompagnée de texte, où le message est compréhensible, ce sens est facilement reconnu, comment le traduisez-vous dans le langage abstrait du luth ?

J’ai passé de nombreuses années à chercher mon son dans le luth comme l’a fait Deller avec sa voix. Mon objectif était de chanter avec l’instrument, et surtout de pouvoir parler. Dans le contexte de la production du son avec le bout des doigts de la main droite, j’ai essayé de rendre l’élément narratif que peut avoir une chanson, sans avoir nécessairement en tête une image concrète mais une cohérence dans la conception de l’œuvre.

Quel point de vue adoptez-vous pour résoudre les problèmes techniques dans vos cours ?

J’essaie toujours de parvenir à la solution d’un problème technique à travers l’oreille et la musicalité de l’élève. Il est évidemment important de connaître les éléments techniques, mais dans la mesure du possible il est préférable que l’élève résolve une difficulté grâce à une suggestion ou à une image et qu’il arrive de lui-même à un bon résultat. Je suis persuadé que l’objectif de l’enseignement est que l’élève apprenne à écouter comme écoute le professeur, et qu’ensuite il acquière sa propre indépendance dans ce domaine. Il doit non seulement développer sa musicalité, mais également trouver le moyen de parachever son intuition musicale dans l’instrument, comme s’il s’agissait, pour nous entendre, de développer une sorte d’autodidactisme guidé. Il semble que ce soit un concept simpliste mais c’est pour moi la clef de tout.

Hopkinson Smith
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