Hopkinson Smith, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Smith, Hopkinson
ENTRETIENS
HOPKINSON SMITH
Cela ressemble au principe psychanalytique de “aider à s’aider” qui consiste à encourager le patient – dans ce cas l’élève – à construire les éléments qui lui permettront de dépasser et de résoudre ses problèmes par lui-même.

C’est exact, c’est ma vision de l’éducation.

Vous imaginez votre carrière comme interprète sans votre travail comme enseignant ?

Je crois que la vie du concertiste et l’état d’évolution constante avec l’instrument est toujours un très grand apport pour l’élève. Être en activité, découvrir des répertoires, des solutions et des idées neuves pour l’interprétation est d’une importance vitale pour l’enseignement.

Est-il difficile d’être un bon professeur si l’on n’est pas un interprète du plus haut niveau?

Cela dépend. Il y a de bons interprètes qui manquent de qualités didactiques et d’excellents professeurs qui ne sont pas de brillants interprètes. Je crois qu’en tant que professeur, il est important d’avoir un contact intime et constant avec l’instrument. Je veux dire par là qu’il doit y avoir une recherche constante de la profondeur et du raffinement dans la sonorité, comme résultat de la solution de problèmes et d’aspects qui appartiennent à la problématique de l’instrument. Picasso a dit qu’il avait appris à dessiner comme un enfant à quarante ans, c’est-à-dire qu’il avait réappris à créer sans réfléchir, avec la spontanéité d’expression propre à l’enfant. C’est là qu’est la véritable recherche de l’instrumentiste, le naturel dans le dire. C’est pourquoi je crois que la constance et l’intimité profonde avec l’instrument est la voie à suivre pour développer les possibilités expressives, qui sont la nourriture des professeurs et interprètes que nous sommes.

Quelles possibilités expressives trouvez-vous dans le luth ?

Stravinski a dit dans le livre Conversations édité par Robert Craft, que le luth est l’instrument le plus personnel et le plus parfait qui soit. A mon avis, le luth possède beaucoup de possibilités dynamiques et d’articulation qui permettent d’accompagner différents registres de voix et de timbres d’instruments très divers. On parvient à cela en particulier avec une bonne maîtrise de la main droite.

Il y a un retour des instruments à cordes pincées, et leur présence dans les grands ensembles est en augmentation. On dirait que les luths, les chitarrones et les théorbes sont devenus indispensables. Pensez-vous que c’est exact ?

En effet, leur intervention dans la musique de chambre est très importante, puisque les instrumentistes accèdent, de cette façon, à une culture musicale plus large ; ils se transforment en vrais musiciens et pas seulement en guitaristes (rires).

Plaisanteries mises à part, ces instruments obligent l’interprète à prendre une posture particulière, comme s’il s’embrassait lui-même.

C’est pourquoi l’on dit que l’instrument est notre ami et notre ennemi intime.

Certains de ces instruments dont vous jouez vous ont-ils aidé à trouver plus aisément votre voix personnelle ?

Il faut trouver sa propre voix pour chaque composition, pour chaque époque. Il y avait de nombreuses années que je jouais du luth baroque et que je me consacrais tout particulièrement à mes versions des Sonates et Partitas pour violon seul de Bach, répertoire que j’ai interprété jusqu’en 2000, l’année Bach. L’année suivante, j’ai repris le luth de la Renaissance. J’ai eu beaucoup de mal à me “réinventer” comme instrumentiste de luth de la Renaissance, mais j’avais besoin d’un changement radical. Le travail de recherche de sa propre voix dépend beaucoup de l’instrument et du contact intime avec lui. C’est pourquoi je continue à apprendre lorsque je me plonge dans le changement d’instrument.

La vihuela, son succès et sa disparition radicale plus tard, restent un mystère. Quelle est votre hypothèse ?

La vihuela a toujours été un instrument de l’aristocratie et de la cour, utilisé surtout pour le répertoire polyphonique. On trouve malgré tout une grande diversité parmi les compositeurs pour vihuela, dans les livres qu’ils écrivirent entre 1536 et 1576. La guitare, sa sœur contemporaine, était chargée d’établir le lien avec la musique populaire. C’est la raison pour laquelle la guitare baroque parvint à adapter les éléments populaires qui entrèrent dans la musique espagnole de plus en plus vers la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe. Je veux parler de la musique dramatique et des danses. Ceci permit la survie et le développement du rôle de continuo de la guitare. La vihuela fut réduite à des domaines minoritaires, elle se démoda et on cessa de l’utiliser.

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