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On commence, tout naturellement, avec les débuts du baroque italien, avec Monteverdi. A l’autre extrémité, nous sommes allés jusqu’à Mozart – mais cela n’a pas toujours été très heureux. Les divertimenti, oui, mais pour beaucoup de Mozart, il y a tellement de choses qui changent – musicalement – que ce n’est plus vraiment pour nous. De même, la musique du tout début du XVIIe siècle est encore très vocale, trop vocale pour moi.
Ce qui m’intéresse, c’est surtout la musique instrumentale. Je ne suis pas chanteuse et je ne connais pas assez bien le chant pour y être très à l’aise. Je préfère laisser cela à un René Jacob ou une Véronique Carrot (professeur à la Schola Cantorum). Cela n’a qu’un seul inconvénient: les festivals nous demandent constamment de venir avec des chanteurs. Ceux-ci attirent du monde et il est vrai que le disque du Stabat Mater de Vivaldi avec Andreas Scholl fut probablement notre plus grand succès.
Est-ce que le fait d’être une des rares femmes à diriger un ensemble musical a une grande importance pour vous... et pour les autres?
Oui, sans aucun doute. Pour commencer, les femmes n’ont quasiment jamais le même soutien dans la vie privée qu’ont tant d’hommes – aussi heureuse que puisse être leur vie de couple. L’épouse dévouée qui prend en charge toutes les obligations de la vie quotidienne n’a pratiquement pas son équivalent masculin. Je ne connais qu’une exception à cette règle, c’est Marie-Claire Alain. J’ai une vie en dehors de la musique. Je suis mère d’un enfant; j’aime aller au théâtre.... De toute façon, la maternité nous change profondément. La plus belle chose de ma vie, c’est mon enfant.
Les femmes créatrices ont toujours beaucoup de peine à s’imposer, ce qui n’est plus vraiment le cas pour les interprètes instrumentistes (ces dernières n’ont, par rapport aux hommes, “que” les problèmes matériels comme obstacle supplémentaire). Pour la direction, être à la tête d’un petit ensemble est une chose ; diriger la musique symphonique des XIXe ou XXe siècle, c’est encore autre chose – même si cette musique m’intéressait, je ne me vois pas jouer les vrais chefs devant 120 mecs. Pour cela, il faut une force terrible, sans parler de la misogynie pure qui subsiste dans des orchestres comme ceux de Vienne ou Berlin.
Je pense que même là, la situation est en train de changer. Il faudra peut-être attendre encore une génération. Au niveau de l’ensemble, je ne ressens aucun problème. Il est vrai que quelques directeurs de festival se montrent encore un peu méfiants. Il ne disent rien, mais on sent néanmoins qu’ils seraient plus à l’aise avec un chef masculin. LIESL GRAZ
* Bononcini fut accusé de plagiat lorsque, à une représentation de l’Academy of Ancient Music de Londres en 1731, des auditeurs se sont aperçus que l’ œuvre de Lotti exécutée ressemblait étrangement à une autre présentée par Bononcini comme sienne trois ans plus tôt. L’affaire fut rendue publique par les détracteurs de Bononcini, déjà engagé dans une rivalité amère avec Händel et ses partisans, où politique et religion se mêlaient à la musique. Après appel à Lotti, Bononcini fut condamné par les membres de l’Academy. Refusant de faire amende honorable, il se vit contraint de quitter Londres.
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