Paul McCreesh, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
McCreesh, Paul
ENTRETIENS
PAUL MCCREESH
Nous devrions vraiment faire un travail plus exigeant, viser des enjeux plus élevés. Essayons d’être plus sérieux sur l’instrumentation, ne jouons que sur des cordes en boyau, réfléchissons aux techniques historiques de l’archet, essayons peut-être de jouer sur le bras et non sur l’épaule. Commençons à réfléchir sérieusement aux orgues historiques dans le contexte de notre travail. Réfléchissons plus sérieusement aux techniques et aux ressources vocales. Utilisons de meilleures éditions. Il y a tant de choses que nous pourrions faire et que nous ne faisons pas.

Et je ne suis pas plus irréprochable qu’un autre, parce qu’il y a beaucoup de choses que j’aimerais que nous puissions faire avec Gabrieli, mais que nous ne pouvons pas faire à cause des conditions matérielles dans lesquelles nous travaillons. Nous avons essayé de mettre la barre plus haut, mais nous ne pouvons pas le faire tout le temps. Parfois nous échouons, mais nous devons être prêts à essayer. Et c’est ce que j’entends, quand je parle d’être sérieux : être libres, être passionnés, être expressifs. Si vous aviez assisté aux répétitions de Saül hier soir vous auriez été sidéré de voir à quel point cet orchestre travaille dans le détail sur des questions comme la technique d’archet, ce qui est relativement rare même en Angleterre, parce qu’il n’y a pas assez de chefs qui ont pratiqué un instrument à cordes. Mais en même temps j’ai l’impression que mon propre tempérament musical va s’exprimer d’une façon qui repousse les limites de la pratique baroque.

Lorsque vous parlez de repousser les limites, vous voulez dire techniquement ?

Non, je veux dire dans l’expressivité. Il y a là un paradoxe. D’une part nous devons continuer à chercher dans le passé, mais d’autre part nous devons être plus modernes dans la façon dont nous nous exprimons. Pour donner un exemple très simple, dans la Passion selon Saint Matthieu, lorsque vous entendez crier le nom de “Barrabam”, la dissonance saisissante de cet accord de septième diminuée aurait virtuellement fait tomber à la renverse un rassemblement de fidèles de Bach, mais aujourd’hui, à une époque où nous avons entendu Mendelssohn et Brahms, cet accord est devenu tellement banal pour nos oreilles que le choc ne peut plus se produire. Il faut donc se faire à l’idée d’en rajouter pour recréer une véritable surprise. Et c’est ça le vrai paradoxe que nous n’explorerons jamais à fond. D’une certaine manière ce travail nous aide à être plus proches du contexte historique, mais d’une autre nous devons admettre qu’on ne peut jamais ressusciter un moment de musique parce que ce même travail nous fait réaliser que le vocabulaire musical a changé.

Revenons-en au début de votre carrière. Vous avez déjà mentionné que vous aviez commencé la musique par le violoncelle. Comment en êtes-vous arrivé à créer le Gabrieli Consort ?

Je pense l’avoir fait parce que, comme je l’ai dit, j’avais des convictions très fortes sur ce que la musique devrait être. Comme beaucoup de jeunes musiciens on m’a formé en me consacrant au répertoire symphonique standard, que j’ai fini par connaître très bien. Je ne savais presque rien de la musique ancienne, n’ayant pas été élevé dans la tradition du chant choral et, contrairement à la plupart de mes contemporains dans ce pays, je n’ai pas été inscrit dans les maîtrises d’Oxford ou de Cambridge. J’avais donc une expérience très différente. Mais à l’université j’ai finalement été confronté à la musique ancienne, et j’ai été extraordinairement fasciné par ce nouvel univers sonore. En écoutant Orphée ou les cantates de Bach, je suis tombé amoureux du chant, ce qui est terriblement frustrant : si j’avais une voix acceptable je me ferais chanteur du jour au lendemain ! Tout cela est donc arrivé en même temps, la découverte de la musique ancienne et la découverte de ce que je voulais faire – j’ai commencé à faire un peu de direction d’orchestre à l’école. Pourtant pendant dix ans au moins j’ai trouvé ça très difficile. Je n’étais pas quelqu’un d’assez sûr de lui pour avoir le sentiment que j’avais le droit de me mettre debout face aux autres. Pendant cette période j’ai aussi essayé de diriger depuis mon violoncelle, ce qui n’était pas une bonne idée parce qu’il faut être à la fois un très bon violoncelliste et un très bon chef, et je n’étais ni l’un ni l’autre. En fait ce n’est vraiment que depuis quelques années que je commence à me sentir beaucoup plus heureux comme chef, et que je commence à avoir un langage qui semble fonctionner. Je crois vraiment que les directeurs d’ensembles de musique ancienne doivent travailler beaucoup plus la technique, et je m’étonne de voir comme on fait peu de cas de cette question.

Paul McCreesh
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