Paolo da Col, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Col, Paolo da
ENTRETIENS
PAOLO DA COL
Odhecaton obéit-il à une conception d’ensemble choral ou à celle de solistes qui chantent ensemble ?

Notre travail est un travail d’ensemble et même s’il suit une perspective chorale, je n’aime pas nous présenter comme un chœur car ce mot s’applique généralement aux grandes formations. Nous nous inspirons des ensembles et, du point de vue de l’interprétation, des chapelles de la Renaissance qui travaillèrent dans les plus grandes cours et dans les plus grandes institutions religieuses italiennes de cette époque-là, comme Saint-Marc de Venise, San Petronio à Bologne ou la cour ducale d’Este à Ferrare. D’un point de vue technique, nous cherchons comme n’importe quel autre groupe vocal la fusion précise et la justesse mais nous respectons toujours l’individualité. Chaque voix conserve sa personnalité même si la sonorité doit être contenue et orientée dans le sens d’un ensemble comme le requiert le répertoire. Nous essayons de nous démarquer de la tradition qui nous vient en particulier du nord de l’Europe, des chœurs anglais qui se caractérisent par une sonorité équilibrée mais un peu rigide et un peu froide. Notre sonorité est peut-être moins pure, elle est plus âpre, je dirais presque virile d’un point de vue vocal. Nous partons des mots et du sens de ce que nous chantons.

Nous sommes donc toujours au cœur de l’éternel dilemme de la prééminence du texte sur la musique et inversement.

Il faut tenir compte dans cette perspective de plusieurs aspects. Tout dépend essentiellement du type de musique. Il est clair que l’on ne peut pas appliquer le procédé du madrigal et le transférer à la musique sacrée. Dans certains répertoires religieux, par exemple dans le cycle de motets de Compère Officium de Cruce que nous avons enregistré dans le disque De Passione, la musique s’ajuste comme un gant au texte. Ce sont différents tableaux qui représentent l’arrestation, la flagellation, la mort et la résurrection du Christ. Les différents moments sont “peints” grâce à des procédés propres aux madrigaux et c’est la méthode que nous avons suivie dans notre version. Dans le cas des messes et des motets, nous ne pouvons même pas nous laisser guider par les mots, en dehors de certains passages clairement prévus pour un type d’attitude musicale – le Crucifixus, le Resurrexit ou le finale exultant du Gloria. Le motet In illo tempore de Gombert, par exemple, possède une structure circulaire accompagnée d’une polyphonie dense qui évite les pauses ; dans une texture aussi définie, on ne peut pas se laisser guider par le mot. La musique de dévotion que nous interprétons dans le programme d’Isabelle la Catholique, avec des textes fondés sur le Livre d’Heures dont nous avons parlé, est un cas différent.

Votre intérêt pour un texte aussi peu connu est surprenant.

Dans le Livre d’Heures on observe un rapport très étroit entre le texte et la polyphonie, situation qui n’a pas été suffisamment approfondie jusqu’à présent. Le travail à ce sujet n’attendait que l’intérêt des historiens de l’art et les liturgistes ne s’en sont jamais occupés. Étant dépourvu de plain-chant, cela ne relevait pas du travail des spécialistes du grégorien et les musicologues n’ont pas mené, eux non plus, de recherche approfondie. Il s’agit d’une musique merveilleuse, écrite par Anchieta, Peñalosa ou Josquin lui-même, et dans les textes, paraliturgiques et pleins de dévotion, le mot suit un chemin proche de la musique. La liturgie de l’Office des Heures est le reflet d’un aspect dévotionnel très intime, presque privé, mais elle acquiert cependant à certains moments une couleur vive qui apparaît en particulier dans l’iconographie et dans la fonction de la musique. La musique, au même titre que l’iconographie, accentue, sur le plan sonore, l’acte de dévotion et de contemplation. Ces textes, ne dépendant pas d’un cantus firmus et n’étant reliés à aucune structure sémantico-musicale, permettaient aux compositeurs de laisser libre cours à leur imagination. C’est pourquoi nous nous appuyons sur le mot dans notre interprétation.

Je suis persuadé que les sonorités de la Renaissance italienne sont en réalité les sonorités franco-flamandes. Ceci devrait permettre d’en finir avec la vision, disons italo-centrique, que nous avons toujours eue et qui a conduit beaucoup de gens à penser que la Renaissance est italienne.

Approfondir dans ce genre de musique requiert sans doute une formation pluridisciplinaire.

Ce qui compte est la somme des qualités et des connaissances ; c’est ce qui nous permet d’approfondir dans ce domaine et d’éviter de rester en surface. Personnellement, je considère que je suis un éclectique : ni chanteur ni organiste ni musicologue. Dans le travail de recherche du matériel, on doit avoir une vision large et variée qui tienne compte des multiples influences et du contexte artistique et culturel de l’œuvre qu’on analyse. Pour aborder cette musique il faut avoir une vaste perspective du contexte, maîtriser les éléments techniques et stylistiques et avoir des connaissances en histoire de l’art.

Paolo da Col
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