Robert King, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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Robert King
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COMPOSITEURS
King, Robert
ENTRETIENS
ROBERT KING
Il est surprenant que vous ayez utilisé un seul instrument à cordes par partie hier soir. J’avoue que plus j’écoute cela, plus cette pratique me semble intéressante pour la musique baroque. Aimez-vous plus particulièrement travailler ainsi, ou était-ce tout simplement une question pratique en raison du peu d’espace sur la scène du Wigmore ?

Je pense que la cantate de Bach que nous avons interprétée [Ich habe genug, BWV82a] sonne merveilleusement bien ainsi, grâce à une ligne mélodique très tendue pour les cordes. Bien entendu, c’est une œuvre très intime, de la pure musique de chambre en fait. Je suis sûr que Bach l’envisageait avec un seul instrument par partie, sinon les cordes auraient dû jouer très doucement pour éviter de prendre le pas sur la flûte – ce qui aurait été le cas même avec une flûtiste aussi chevronnée que Rachel. A l’inverse, je dois vous avouer que pour une œuvre comme le Laudate pueri [RV601] de Vivaldi, la puissance de l’orchestre me manque, avec ses couleurs et son potentiel pour plus de dynamisme et de contraste. L’écriture semble réclamer des éléments plus forts, surtout dans un mouvement comme celui de l’“aube” [A solis ortis]. Lorsque vous entendez des violons à l’unisson, vous vous rendez compte qu’on ne peut se contenter d’un instrument par partie, et que deux uniques violons jouant à l’unisson produisent invariablement un son peu satisfaisant. La règle que j’applique, c’est qu’il faut soit un pupitre composé d’un seul violon, soit franchement une section de quatre violons. Même avec trois violons, cela peut encore être insuffisant. Mais dès que vous en avez quatre, ils s’accordent et cela marche. Ce n’est pas une observation de nature historique, mais plutôt une opinion d’ordre pratique, essentiellement basée sur vingt-quatre années d’expérience.

Vous nous rappelez aussi, si besoin est, à quel point le compositeur Telemann est inventif. Cette Suite en Ré qui m’était totalement étrangère déborde tout simplement de créativité.

Oui, la musique de Telemann est toujours extrêmement inventive. Comme vous avez pu l’écouter hier soir, il faut prendre cette musique à bras le corps pour en tirer le maximum. Si vous jouez simplement les notes, cela devient vite assez terne ; il y a de fortes influences de musique populaire qu’il faut faire ressortir. Une fois cela compris, vous pouvez en faire quelque chose de réellement passionnant. Il y a plein d’éléments intéressants et c’est devenu l’un des classiques de notre répertoire. J’ai bien peur que nous ayons tendance à aller de plus en plus loin.

Mais je ne crois pas que vous l’ayez déjà enregistrée ?

Non, nous ne l’avons pas enregistré. En fait, ce vieux et pauvre monde du disque n’est plus ce qu’il était, même il y a encore cinq ans. J’ai bien peur que si nous sortions un enregistrement des suites de Telemann maintenant, nous ne puissions même plus rentrer dans nos frais, sans parler de bénéfices. Le boom des enregistrements, qui était plutôt une surprise, est terminé. Ce n’est pas la faute de ceux qui achètent les disques, mais simplement il y a surabondance de l’offre : il y a tellement de maisons discographiques gérées depuis une salle à manger ou une arrière-cour. Il y a trop de production et le public ne peut plus s’y retrouver. Les ventes sont là mais réparties sur quelques centaines de disques et finalement tout le monde y perd.

Ne pensez-vous pas qu’un bon site Internet avec un système de vente simple comme celui dont dispose le King’s Consort (www.tkcworld.com) aide à la vente ?

Cela aide seulement à raison de quelques centaines de disques, mais pas sur des milliers. A moins d’enregistrer ses disques dans son salon, il faut en vendre par milliers, et non par centaines. Ce n’est pas notre cas, mais je connais des ensembles sur instruments d’époque dont les ventes se comptent véritablement en petites centaines. C’est fou ! Nous avons la chance de toujours faire partie des artistes qui vendent bien, mais même ainsi, nous devons maintenant être très prudents pour les projets que nous voulons mener à bien, si nous ne pouvons pas les amortir en moins de quinze ans. Même pour une compagnie aussi fantastique qu’Hyperion, ce n’est hélas pas possible sur le long terme. Mon plus grand regret, c’est que notre série “Les Contemporains de Bach” soit au point mort. Même si les ventes étaient bien au-dessus de la moyenne des disques classiques, il n’était plus possible de rentrer dans nos frais. Et l’ironie du sort, c’est que pour moi, les disques de Knüpfer [CDA67160] et de Schelle [CDA67260] sont deux des meilleurs enregistrements que nous ayons jamais produits, recevant le meilleur accueil du public. Il est vraiment dommage que le marketing ne soit tout simplement pas assez performant pour mettre en avant les qualités de cette musique, exceptionnelle et essentielle. Sans ces compositeurs, il n’y aurait pas Bach. Notre disque Zelenka [CDA67350] qui, à la différence des autres, est un vrai contemporain de Bach, a aussi été accueilli avec grand enthousiasme par les auditeurs. Il est regrettable de ne pouvoir dire : “Bien, faisons maintenant un second Zelenka”, faute de ventes suffisantes. C’est frustrant, car j’ai des piles entières de musique qui attendent dans mes étagères, mais je peux aussi comprendre la position d’Hyperion. Je ne souhaite pas que l’on fasse 50 disques qui disparaîtraient après une sortie ratée. Nous avons besoin que le label prospère. Et il est finalement assez remarquable qu’Hyperion survive, à la différence d’autres compagnies, et des plus importantes, qui s’évanouissent toutes de la scène.

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