Robert King, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
King, Robert
ENTRETIENS
ROBERT KING
Mettons l’industrie du disque de côté et parlons de vous. Je me souviens du premier concert de Robert King auquel j’ai assisté. Nous étions presque exténués à la vue d’un jeune homme qui ne semblait guère plus âgé qu’un étudiant, sautiller avec une incroyable énergie entre le clavecin et l’orgue de chambre. Votre rythme est un peu plus modéré maintenant, mais vous dégagez toujours ce même dynamisme. D’où vous vient cette énergie ?

Je pense qu’elle émane d’une simple conviction : si l’on doit faire quelque chose, autant le faire le mieux possible. Si vous êtes réellement convaincu qu’une musique est merveilleuse, vous devez faire partager ce sentiment au public. Je suis en quelque sorte un “commercial”. C’est un travail de représentant de très haut niveau, j’ai un produit haut-de-gamme, la musique, que les gens connaissent déjà, je dois le vendre. Nous avons la chance d’avoir un public réceptif, et il ne s’agit pas de faire du porte-à-porte. Que ce soit Mendelssohn, Vaughan Williams ou Vivaldi, mon travail consiste à prouver que cette musique est un excellent produit. Autre conviction : il faut toujours aborder de la musique en laquelle on a foi. Je me tourmente parfois pour des projets et je rate des engagements parce que je n’arrive pas à élaborer un programme dont je puisse dire sincèrement qu’il fonctionne.

Vous avez suivi une trajectoire somme toute très traditionnelle pour un musicien anglais : choriste au St John’s College à Cambridge et retour à cette même institution plus tard en tant qu’étudiant. Quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle formation ?

Je dois dire que j’ai bien plus appris sur la musique et son interprétation avec le Chœur de St John, dont j’ai été membre de huit à quatorze ans, que pendant les trente dernières années. Faire partie d’un tel chœur dirigé par un grand maître, est une fabuleuse expérience. Curieusement, un grand maître de chapelle n’est pas nécessairement un grand musicien. Quelqu’un comme Richard Seal, qui était à Salisbury pendant toutes ces années, a travaillé sans tambour ni trompette alors que c’était un grand maître de chapelle. Ce sont les noms de gens comme lui qui devraient recouvrir les murs du paradis, car ils ont accompli des choses remarquables. Prenez, par exemple, Henry Cook qui a redonné de l’éclat à la Chapelle Royale en 1660. Il est à l’origine de cette génération qui comprend Jeremiah Clarke, Pelham Humfrey et Henry Purcell. Ces musiciens extraordinaires entraînent dans leur sillage d’autres futurs musiciens. J’ai eu la chance d’être à St John’s alors que George Guest était au sommet de sa gloire. Si vous vous penchez sur les musiciens de cette génération du début des années 70, vous serez surpris : Simon Keenlyside, désormais un grand nom du monde de l’opéra, John Dankworth, le joueur de contrebasse, Harry Gregson-Williams, aujourd’hui important compositeur de musique de film à Hollywood. Tous étaient mes collègues et ce qui est remarquable, c’est qu’ils se retrouvent dans des domaines musicaux différents et ne se sont pas limités à la musique de cathédrale. C’est une merveilleuse formation et il n’y a plus seulement un chœur de garçons maintenant, il y a aussi un chœur de filles. J’étais à Salisbury la semaine dernière, et j’ai entendu le chœur de filles qui chantait magnifiquement bien, avec une sonorité exquise. Pour diverses raisons on n’y prête guère attention, mais je pense que c’est fantastique. Vous multipliez par deux le potentiel pour l’avenir, et dans dix, quinze ans, ces filles chanteront dans le chœur du King’s Consort ! C’est vraiment un signe de bon augure et ceux qui parlent de la disparition des chœurs de cathédrale ne savent pas ce qu’ils disent. Ce type de formation musicale est d’une très grande richesse, car si l’on considère le reste de la formation musicale en Grande-Bretagne, la situation est lamentable. Je ne parlerai même pas des politiques de formation qui dépendent de l’Etat dans ce pays, car dans 90% des cas, c’est tout simplement désastreux. Nous faisons un grand travail de formation et nous invitons à nos répétitions publiques, comme hier soir, des enfants qui n’ont jamais vu de concert. Ils étaient profondément émus. Après l’entracte, alors qu’ils pouvaient partir s’ils le souhaitaient, ils sont tous revenus pour la seconde partie. C’est bien la preuve qu’ils estimaient assister à quelque chose d’intéressant.

Pour en revenir à votre formation, saviez-vous lire la musique lorsque vous êtes retourné comme étudiant à St John’s ?

Oui et je peux dire sans hésiter ne rien avoir appris à l’université sur la musique. J’ai surtout beaucoup appris sur l’art de présenter des concerts mais cela n’a rien à voir avec ce que l’on a pu m’enseigner. A quelques exceptions notables près, j’ai l’impression que les cours étaient plutôt lamentables à cette époque. C’était, cependant, un vivier très riche en talents musicaux car maintenant je retrouve souvent d’anciens collègues qui jouent dans des quatuors à cordes ou des orchestres, ou qui gèrent différentes instances musicales.

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