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Comment s’articule aujourd’hui votre travail entre recherche et restitution ?
Encore une fois, ce qui prime c’est le choix des chanteurs. J’ai donc jusqu’à présent cherché des voix un peu particulières qui pouvaient ressembler à celles qu’évoquent les sources. Bien sûr, rien ne nous garantit que ces voix sont exactement celles que voulaient les compositeurs : on n’en aura malheureusement jamais la preuve ! Mais j’ai beaucoup travaillé avec des personnes comme Marco Beasley, qui connaît à la fois la musique ancienne et la musique traditionnelle, donc des chanteurs qui ont une ouverture musicale plus large que leurs collègues uniquement classiques. Ce sont des personnalités qui ont une approche rythmique différente, une interprétation du texte telle que la musique du XVIIe siècle retrouve tout son intérêt.
Et justement, quand vous parlez d’interprétation du texte, y incluez-vous une part de gestuelle ?
Je ne travaille pas vraiment sur la gestuelle à l’ancienne pour l’instant. Peut-être parce que jusqu’à présent, je n’ai jamais été convaincue par ce que j’ai vu ! Mais c’est sans doute là un goût personnel ! Par contre, lorsque vous regardez des chanteurs comme Lucilla Galeazzi, Marco Beasley ou Giuseppe de Vittorio, on voit que le geste fait partie intégrante de leur propre langage. C’est pour eux un élément complètement naturel : ils jouent sur les gestes, bougent énormément sur scène. Rester immobile à côté d’un piano serait pour eux impensable ! Donc jusqu’à présent, les artistes que j’ai choisis pour mes projets ont apporté ce bagage avec eux, tout simplement.
Dans vos enregistrements, il y a un net désir de se rapprocher de la musique traditionnelle. Comment concevez-vous cet apport à la musique ancienne ?
La musique traditionnelle a une influence énorme dans l’écriture dans le XVIIe siècle. C’est quelque chose qui m’intrigue beaucoup, et je crois que l’on a énormément à apprendre de ce répertoire. Si l’on prend l’exemple de la Villanella classique, ou encore de la Ciaccona et la Folia, on remarque que ces deux dernières sont des danses originaires d’Amérique du Sud, arrivées en Espagne par le Portugal et qui, via Naples, se sont inscrites dans le panorama musical italien. Elles ont profondément marqué la musique vocale et instrumentale de ces pays, et par la suite, elles ont été totalement intégrées au langage musical du XVIIe siècle. Le plus intéressant, c’est de voir que ces styles ont survécu jusqu’à nous. C’est réellement fascinant de savoir que certains musiciens pratiquent encore, selon la tradition, cette facette de la musique ancienne.
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