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Qu’il s’agisse des registres vocaux, de la place du chœur ou de l’orchestration, Andromeda se distingue-t-elle des principales serenate vénitiennes connues ? Quelles sont par exemple ses affinités et ses points de divergence avec La Senna festegiante de Vivaldi ou Il concilio de’ pianeti d’Albinoni, deux œuvres de même période créatrice ?
Les serenate vénitiennes présentaient des structures très différentes selon les évènements ou les dédicataires qu’elles étaient destinées à célébrer. Il existe par exemple une différence structurelle très nette entre la fastueuse Senna festegiante de Vivaldi et la sobre serenata nuptiale qu’il composa à l’occasion du mariage du roi de France Louis XV. Toutefois, si l’on prend comme référence une œuvre de vastes proportions comme La Senna, on constate que si Andromeda partage indiscutablement avec elle de nombreuses caractéristiques formelles (coupe bipartite, emplacement et structure du chœur, répartition des numéros etc…), elle s’en distingue néanmoins par le nombre de chanteurs qu’elle requiert (cinq contre trois dans La Senna ou dans le Climene d’Albinoni par exemple) et par l’ampleur de son orchestration. A n’en pas douter, Andromeda fut composée pour célébrer un événement tout à fait exceptionnel. Il faut rappeler à ce propos que le Cardinal Ottoboni, après un long exil, revint solennellement à Venise au cours d’une longue visite entamée le 25 juillet 1726 et achevée le 4 décembre de la même année. Or, la date figurant sur le manuscrit d’Andromeda est celle du 18 septembre 1726 !
Voilà qui nous conduit sur le terrain de la paternité de l’œuvre. Rappelons qu’en l’état, seul l’air avec violon obligé Sovvente il sole, (qui constitue d’ailleurs une absolue merveille !) est sans discussion aucune de Vivaldi. Selon vous, qu’en est-il du reste de la partition ?
La question de la paternité du reste de la partition demeure ouverte. Comme vous avez pu le constater, notre CD a été publié par DG sous le titre “Vivaldi et autres”. Cela a répondu à un vœu de l’Istituto Italiano Antonio Vivaldi de Venise, dont les responsables n’ont pas reconnu la main de Vivaldi dans le reste de la partition. Mais jusqu’à ce jour, personne n’a toutefois été en mesure d’établir avec certitude l’identité du ou des autres compositeurs. Même si certains airs évoquent de manière indiscutable le style d’Albinoni, et si d’autres ne sont pas typiquement “vivaldiens” je ne peux envisager l’idée que Vivaldi n’ait écrit qu’un seul et unique air de cette Andromeda. Si nous avons affaire à un pasticcio¸ Vivaldi pourrait au contraire avoir écrit un tiers ou un quart de l’œuvre. Andromeda comporte une vingtaine de numéros musicaux, et il est impensable qu’un seul soit de Vivaldi. Et n’oublions pas les données objectives fournies par les recherches musicologiques : la rastrographie du manuscrit est la même que celle des Sonates dites de Manchester et de la version des Quattro Stagioni préservées dans cette même ville, dans une collection ayant appartenue au Cardinal Ottoboni. En outre, deux copistes de l’Andromeda (désignés sous les numéros d’identification 8 et 9 dans les travaux de Paul Everett et de Michael Talbot) sont aisément identifiables dans d’autres compositions vivaldiennes.
Ce débat sur la paternité d’Andromeda conduit à s’interroger sur la place du raisonnement intuitif dans l’analyse musicale. Il est en effet difficile de ne pas être sensible à certaines évidences qui s’imposent à l’écoute : ainsi, des airs comme Ruscelletti limpidetti ou Mi piace e mi diletta font irrésistiblement penser aux airs vivaldiens du début et du milieu des années 1720, tandis qu’un air comme Si, rinforzi in te la speme évoque immédiatement le style d’Albinoni au cours de la même période. Quelle place accordezvous pour votre part à ce type de raisonnement sur l’épineux terrain de la paternité musicale ?
Je fais également appel à l’intuition même si c’est un procédé que n’apprécient guère les musicologues. Ainsi, je ne peux exclure que les chœurs et les airs Ruscelletti limpidetti, Madre, lascia che io pianga, Mi piace e mi diletta, Lo so barbari fati, Peni chi vuol penar et le duo Sposo amato/Cara sposa (dont le thème est partiellement identique à celui de l’air d’Elpina Cento donzelle festose e belle dans La fida Ninfa) soient de Vivaldi. Dans ces pièces, je ne parviens pas à identifier des éléments totalement étrangers à la poétique vivaldienne. Et quoiqu’il en soit, tous les autres airs “parlent” vénitien si bien que dans l’hypothèse où nous serions en présence d’un pasticcio, nous pourrions alors supposer qu’il ait été élaboré avec des œuvres de certains des plus importants compositeurs vénitiens de l’époque. Ainsi, en toute hypothèse, Andromeda constitue une serenata très originale, pour ne pas dire exceptionnelle.
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