Christophe Rousset, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Rousset, Christophe
ENTRETIENS
CHRISTOPHE ROUSSET
Vous menez actuellement une vie extraordinairement active, partagée entre le clavecin et la direction d’orchestre. Comment arrivez-vous à concilier ces deux activités, et l’une des deux prend-elle le pas sur l’autre ?

Il faut bien dire que je suis actuellement plus chef d’orchestre que claveciniste ; je continue à travailler au clavecin autant que je le peux, même si je n’y passe plus autant de temps. En tant que claveciniste je reçois plus de propositions de concerts que je ne peux désormais en accepter. Ce qui me surprend c’est que depuis qu’on me connaît comme chef d’orchestre, mes récitals attirent davantage de monde. Et c’est plutôt agréable d’avoir des auditoires plus nombreux, par rapport aux trente ou quarante personnes pour qui je jouais habituellement auparavant.

C’est intéressant. Je suppose que les concerts et l’opéra ont un plus grand prestige, et que de s’y être fait un nom contribue à attirer le public à vos récitals.

Très juste. Et pour un musicien c’est évidemment toujours bon de savoir que votre auditoire est aussi nombreux que possible. Comme chef, on peut toucher plus de gens, et il est probable que le public le plus large que j’aie jamais eu a été celui du film Farinelli Il Castrato.

Revenons à vos débuts. Si j’ai bien compris, vous vous êtes intéressé au clavecin à un âge où la plupart d’entre nous s’échinent encore au piano. Pourquoi le clavecin ?

Cela vient de l’attrait qu’exerçait sur moi le passé. Pour moi le clavecin était une machine à remonter le temps, si bien que quand j’entendais un clavecin, puis lorsque j’en jouais, ça me confortait dans mon envie de revenir à ces époques-là. J’ai grandi à Aix-en-Provence où j’étais fasciné par l’architecture et les trésors archéologiques d’une région riche en vestiges romains. J’ai d’abord voulu devenir archéologue, puis architecte ; mais je ne me voyais pas construire autre chose que des palais du XVIIIe siècle ! Si bien que quand j’ai compris que ça n’était plus possible aujourd’hui, j’ai réalisé que c’était par la musique, et en particulier la musique baroque et le clavecin, que j’arriverais le mieux à exprimer ce goût pour le passé.

Le répertoire que vous avez travaillé comme claveciniste révèle non seulement comme on peut s’y attendre vos affinités avec l’école française de composition pour clavecin, mais aussi avec Bach. Ce serait intéressant de vous entendre expliquer comment à votre avis l’influence française détermine le style des œuvres pour clavier de Bach.

Ce que vous dites sur l’influence française est bien sûr vrai, et je me souviens que lorsque j’étais encore étudiant à La Haye un collègue m’a lui aussi questionné là-dessus. Il disait que je jouais Bach comme de la musique française, mais que je devais prendre cela comme un compliment, parce que Bach aimait le répertoire français qui le fascinait, et il s’efforçait de l’imiter autant que possible. Je ne crois pas vraiment que je joue Bach comme de la musique française, mais j’essaie de suivre l’idée de Leonhardt : pour donner à l’instrument la plus belle sonorité possible il faut adopter la technique française qui est celle que décrivent Couperin et Rameau dans leurs traités. Cela implique de jouer le legato au clavecin en laissant les doigts tout près du clavier et en utilisant cette articulation dans un but d’expressivité, tout en essayant de donner à l’instrument, qui peut être très sec, toute la richesse possible. Evidemment, lorsque je joue de la musique italienne du XVIIe siècle comme du Frescobaldi, j’essaie de faire sonner le clavecin différemment, et j’essaie aussi d’adapter ma technique à toutes sortes d’instruments en m’efforçant de leur faire rendre le son de l’époque. C’est un état d’esprit qui tient compte du fait que chaque compositeur avait ses idées à lui sur le clavecin et sur le son qu’il voulait que celui-ci rende. Chacun avait sa façon de se fier au clavecin. Il me semble que de nombreux clavecinistes d’aujourd’hui n’ont pas assez confiance dans l’instrument, ils pensent qu’il n’est pas expressif. Ils n’essaient pas assez de le faire chanter, de lui faire produire ce legato indispensable. Dans beaucoup d’interprétations que j’entends il rend un son mort, sans intérêt. Mon idée est de jouer aussi légèrement que possible et de donner au clavecin un son aussi large et aussi riche que possible, selon le répertoire.

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