Christophe Rousset, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Rousset, Christophe
ENTRETIENS
CHRISTOPHE ROUSSET
Quelle importance y a-t-il selon vous à avoir le bon instrument pour la musique que vous jouez ? Vous dites que vous essayez d’adapter votre jeu au compositeur, mais est-ce que ça aide d’avoir par exemple un clavecin italien du XVIIe siècle pour jouer Frescobaldi ?

Bien sûr ça aide. Mais ça n’est pas toujours possible. Lorsqu’on a un clavecin standard, flamand ou français, qui souvent n’est pas très bon et qui ne vous inspire pas beaucoup, il faut faire appel à son imagination et se rappeler ce qu’on sait des vieux clavecins originaux sur lesquels on a joué, puis il faut faire des essais. Les plus beaux instruments originaux sont les meilleurs professeurs ; ils vous conduisent dans la bonne direction et vous disent comment jouer la musique.

Cela veut-il dire que, contrairement à d’autres interprètes, vous préférez un instrument historique original à une bonne copie moderne ?

Oui, toujours. Le problème, bien sûr, c’est qu’on n’a pas toujours l’occasion de jouer sur les meilleurs instruments historiques. Il faut donc essayer de les imiter et se rappeler ce qu’ils vous ont appris, pour arriver à une sorte de synthèse.

Vous avez aussi enregistré pas mal de musique de chambre. Est-ce que cette façon de faire de la musique occupe une place particulière dans votre vie ?

Comme presque tous les musiciens, j’ai un très grand plaisir à jouer de la musique de chambre, parce que j’aime m’enrichir de ce que les gens autour de moi peuvent m’apporter. C’est une façon d’échanger des énergies, des idées et des découvertes. C’est donc toujours une expérience extrêmement revigorante. Je n’ai hélas tout simplement pas le temps d’en faire beaucoup actuellement, mais parfois nous nous retrouvons entre quelques membres des Talens Lyriques pour donner des concerts de musique de chambre. Nous sommes un petit groupe, voix, violon, violoncelle et clavecin, et nous conservons le même nom. Nous aimons beaucoup faire ça. C’est rare de trouver de bons partenaires pour de la musique de chambre, mais l’une de mes expériences les plus gratifiantes a été de jouer des duos de clavecin avec William Christie, ce qui est étrange car nous ne jouons pas du tout de la même façon. Nous nous sommes en fait très bien accordés, ça a été une expérience exceptionnelle.

Nous devrions peut-être changer de sujet et parler de l’opéra, qui occupe désormais une grande partie de votre temps. Qu’est-ce qui vous y a attiré au début ?

Comme je vous le disais, j’ai été élevé à Aix-en-Provence, et j’y ai eu dans ma jeunesse la possibilité d’assister à des répétitions du célèbre festival d’opéra. Je pouvais donc observer le travail des chanteurs vedettes avec les chefs d’orchestre et avoir ensuite le plaisir de voir les résultats sur scène. Beaucoup de représentations m’ont laissé une forte impression, comme Alcina sous la superbe direction de Charles Mackerras et dans une distribution merveilleuse avec Christiane Eda-Pierre, Teresa Berganza et Valerie Masterson. J’ai aussi eu la chance de voir Le Carnaval de Venise de Campra qui m’a beaucoup frappé, et, bien sûr, les opéras de Mozart qui sont à Aix une tradition bien ancrée. Voilà donc ce qui m’a attiré à l’opéra, et je crois que, quand on aime la musique, on ne peut pas ignorer que la voix est le plus beau de tous les instruments. Tous les traités d’interprétation instrumentale, y compris celui de C. P. E. Bach pour le clavecin, disent qu’il faut chercher à imiter la voix humaine. Quand j’ai commencé à jouer du clavecin, j’aimais accompagner les chanteurs, et pour moi les récitatifs étaient des moments très satisfaisants. Après mes études à Bruges, comme je n’avais pas encore beaucoup de travail comme soliste j’ai dû jouer des parties de continuo, et j’ai commencé à jouer dans des œuvres chorales de Bach avec Herreweghe, dans des opéras avec Jean-Claude Malgoire, et ensuite bien sûr avec William Christie. Mais je me souviens que, alors que je n’étais encore que claveciniste, j’ai enregistré les concertos de Bach pour deux clavecins avec Christopher Hogwood. Il m’a demandé si la direction d’orchestre me tentait, et je lui ai dit non, ça me plait d’être au clavecin au milieu de l’orchestre. Quand je suis devenu l’assistant de Christie et qu’il m’a demandé de diriger l’orchestre et les chanteurs, je n’avais vraiment pas envie de le faire. Je l’ai fait pour lui rendre service, mais ce n’était pas mon but dans la vie. Le problème, c’est que quand je m’y suis mis pour de bon, j’ai découvert que j’aimais ça ! J’ai donc commencé à diriger Les Arts Florissants, en particulier les jeunes chanteurs qui suivaient là un programme de perfectionnement, et il s’agissait de transmettre l’image artistique du groupe. Parmi eux, il y avait des gens comme Véronique Gens et Sandrine Piau, les vedettes d’aujourd’hui ! Nous avons réalisé quelques beaux projets, pour lesquels j’avais le choix du répertoire. Mais à partir de 1991, j’ai ressenti le besoin impérieux de maîtriser complètement le choix des chanteurs et des œuvres, c’est alors que j’ai créé Les Talens Lyriques.

Christophe Rousset
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