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A vous entendre, on devine que l’opéra est votre genre préféré.
Je ne pouvais pas m’imaginer que j’aimerais autant l’opéra. Chanter une belle aria, ce n’est pas du tout de l’opéra : quand quelque chose arrive sur la scène, quand la souffrance et les angoisses des personnages se matérialisent, alors oui, c’est de l’opéra. Händel et Mozart sont nés pour cela : écrire des opéras, et il faut ajouter que pour eux la musique instrumentale était une activité complémentaire. On s’en rend bien compte quand on analyse les œuvres parallèles, c’est-à-dire celles qui appartiennent à un autre répertoire. La manière dont le violon chante dans les concertos de Mozart ou dans les sonates de Händel est en quelque sorte la résonance des particularités psychologiques des personnages. Ces derniers, d’ailleurs, se ressemblent chez les deux compositeurs, comme par exemple les personnages de Constanze et d’Alcina. En tout cas c’est mon impression. Ce n’est pas du tout scientifique, mais si nous pénétrons plus avant, nous pouvons observer que la Sonate en ré majeur de Händel commence par l’arpège : ré, fa soutenu, la, mi. Pourquoi un mi et non un ré ? Un arpège ascendant a déjà un caractère héroïque, mais encore plus s’il arrive jusqu’à un mi, comme cela arrive à Orlando qui atteint un paroxysme lorsqu’il s’éprend d’une reine. Le Concerto en la majeur de Mozart, que je vais enregistrer avec la Cappella Coloniensis, commence adagio avec l’arpège en la majeur (violon seul) après un allegretto aperto de l’orchestre. Pour moi, c’est Constanze, qui avec son arpège ascendant reflète la solitude et l’abandon de l’héroïne.
La musique de Mozart est extraordinairement subtile et émouvante. Savez-vous comment je suis parvenu à l’apprécier et à la comprendre tout à fait ? A travers Wagner. Quand je ne savais pas comment entrer dans la musique de Mozart, un ami m’a fait pénétrer le monde de Wagner. Tout se passe dans l’orchestre et s’articule autour du Leitmotiv. Mozart, c’est la même chose : l’orchestre est aussi éloquent sinon plus que le personnage lui-même. Dans quelque temps, je vais interpréter Der Fliegende Holländer dans sa première version de 1842 (avec la Cappella Coloniensis également) mais je viens de commencer, et je ne peux pas encore en dire grand chose...
Malgré vos nombreux engagements pour des concerts, vous continuez à donner des cours dans les universités de Vienne et de Salzbourg. Que vous apporte l’enseignement ?
L’enseignement m’apporte beaucoup. Il m’enrichit, et humainement, j’y gagne toujours quelque chose. L’enseignement fait réfléchir et apprend à mieux expliquer les choses. Il permet de voir l’erreur chez les autres, ce qui permet de comprendre ses propres erreurs. On dit à un élève : “ne fais pas cela”, et le lendemain on découvre qu’on le fait soi-même ! Je dispense aussi des cours, parce que j’aime revivre la sensation que j’avais en découvrant la musique ancienne et cela me plaît aussi de voir comment elle est reçue par les autres. De plus, je prépare des ateliers avec des orchestres modernes comme je l’ai fait avec celui du Mozarteum pour Vivaldi et Mozart. Ce fut très difficile… mais finalement satisfaisant, ils ont accepté mes tempi… J’ai aussi travaillé Händel avec l’Orchestre de l’Etat de Bavière qui a l’habitude de l’intégrer souvent dans son répertoire. De même, cet été, j’ai dispensé deux cours : celui de la Fondation La Caixa à Vitoria et un autre en Autriche avec des participants de l’Europe de l’Est. Cela a supposé un véritable échange entre élèves et professeurs, et une tentative merveilleuse pour supprimer le rideau de fer car, malheureusement, je crois qu’il existe encore.
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