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Nous sommes habitués à voir de nombreux musiciens japonais de niveau international, mais en Europe nous n’avons encore guère vu de spécialistes japonais de la musique ancienne. Qu’en est-il de la musique ancienne au Japon aujourd’hui ?
Dans les années 1970 et 1980 beaucoup de Japonais sont venus étudier en Europe, en particulier aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et en Suisse, à Bâle, et ils sont retournés au Japon ensuite. De ce fait, la fin des années 1980 a été favorable chez nous à la constitution de nouveaux ensembles, malgré les difficultés financières du début des années 90 qui a contraint beaucoup de gens à cesser leurs activités. Mon frère Hidemi Suzuki est un bon exemple. Il est maintenant rentré au Japon, mais il a enseigné un certain temps au Conservatoire de Bruxelles.
Vous avez des diplômes de l’Université de Tokyo en interprétation et en composition ; quelle est la part de la composition dans votre vie de musicien ?
A l’origine, je voulais étudier l’orgue, mais on m’a encouragé à étudier aussi la composition. Cela m’a permis de bien approfondir l’harmonie, la polyphonie et la construction, et cela m’a beaucoup aidé à comprendre la musique.
Après Tokyo vous êtes allé étudier avec Ton Koopman. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
Ton était un musicien très actif à l’époque, et il parlait abondamment de ses idées sur l’interprétation. C’était très stimulant. Il n’aimait pas trop que des élèves imitent sa façon de jouer. J’ai beaucoup appris sur la musique, et sur la manière de vivre comme musicien ; à cette époque (1978-83) ses filles étaient toutes petites, il devait donc jongler entre la musique et le baby-sitting. Il vivait à proximité de la gare centrale d’Amsterdam, il y avait un marché dans sa rue le vendredi et le samedi, on avait l’impression de se promener dans un de ces tableaux de Rembrandt qui dépeignent la vie quotidienne hollandaise au XVIIe siècle.
Qu’avez-vous fait, après avoir étudié auprès de lui ?
Ensuite je suis allé étudier auprès de l’organiste Piet Kee encore deux années avant de rentrer au Japon. C’est aussi un très bon professeur, et, parmi d’autres choses, il m’a appris à utiliser les grandes orgues hollandaises. Ses idées musicales sont très différentes de celles de Ton Koopman, donc ça m’a fait du bien de pouvoir travailler avec les deux. Au bout de ces deux ans je me suis inscrit au concours d’orgue de Bruges, et j’ai été très ennuyé de découvrir que Ton Koopman faisait partie du jury, parce qu’à ce moment-là mon jeu était très influencé par Piet Kee. J’ai eu la bonne surprise de découvrir que Ton avait apprécié ma façon de jouer, et j’ai remporté un prix.
De retour au Japon, qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer le Bach Collegium Japan ?
Peu de temps après mon retour, j’ai eu la chance de commencer une série de concerts à la chapelle de Kobe, que nous utilisons encore pour de nombreux concerts et enregistrements. Elle a de telles qualités que je ne pouvais plus me passer d’y faire de la musique, et j’y ai fondé un petit ensemble choral. J’ai aussi créé un petit chœur à Tokyo. Pour le centenaire de Bach en 1985 nous avons organisé quelques concerts, et il m’a semblé tout naturel de faire travailler ensemble ces deux groupes. Avec des musiciens de différentes régions du pays se réunissant pour interpréter Bach, le nom de Bach Collegium Japan s’est imposé presque tout seul. Comme par hasard, les initiales “BCJ” donnent 14 selon la numérologie qu’utilisait Bach, et le nom de BACH donne le même nombre. Hier soir j’ai réalisé que les initiales de l’Academy of Ancient Music, “AAM”, donnent aussi 14, ce qui est une coïncidence surprenante.
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