Masaaki Suzuki, interprete de la musique ancienne et la musique baroque, discographie
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COMPOSITEURS
Suzuki, Masaaki
ENTRETIENS
MASAAKI SUZUKI
Vous vous êtes lancé dans l’enregistrement de toutes les cantates de Bach pour BIS. Comment a commencé cette aventure ?

Nous avons commencé à enregistrer en 1995, juste après le tremblement de terre à Kobe. Nous avions envisagé de nous adresser à une maison de disques japonaise, mais les cantates ne leur disaient rien. Quand je leur ai dit que faire le cycle entier prendrait vingt ans, ils ont été horrifiés. Nous avions eu des contacts avec la maison suédoise BIS, dont le fondateur Robert von Bahr nous a rendu visite à Tokyo. Nous avons parlé de notre rêve d’enregistrer toutes les cantates de Bach. Il est passionné de culture japonaise, ce qui a probablement joué en notre faveur, mais au début il était un peu sceptique. Nous nous sommes mis d’accord pour faire un test d’enregistrement sur trois ou quatre jours pour voir ce que ça donnait. Au cours de ces séances il s’est enthousiasmé. A un moment il s’est précipité hors de la salle de régie, m’a serré dans ses bras en disant “ça, c’est bon”. Il y a aussi eu des disputes ; il a une forte personnalité, mais j’ai aussi la mienne, et les membres de Collegium Japan ont aussi leur point de vue. En fait ces frictions ont été utiles, elles nous ont permis de nous connaître beaucoup mieux. Deux autres enregistrements ont suivi cette année-là. Ensuite il a cessé de produire lui-même nos enregistrements, et il nous a envoyé d’excellents collègues de chez lui. Robert dirige son entreprise avec beaucoup de talent et il nous a beaucoup encouragés. Le projet va de l’avant, et nous lui en sommes très reconnaissants.

Le Bach Collegium Japan vient-il souvent en Europe?

Nous avons fait huit tournées internationales. En 2003 nous sommes allés en Italie, en Espagne, en Israël, mais le coût des voyages nous impose des limites. Nous viendrons en Europe en été 2005 pour jouer à Ansbach en Allemagne et au festival du Schleswig-Holstein, et nous reviendrons encore en 2006.

D’après certaines personnes les cantates de Bach devraient être jouées avec un seul musicien par partie, mais d’autres ne sont pas d’accord. Qu’en pensez-vous ?

C’est une fameuse controverse. Pour la plupart des cantates de Weimar et pour certaines de cantates de Leipzig l’approche à “un par partie” se justifie, mais à Leipzig même, certains musicologues sont convaincus que ce n’est pas la bonne. D’après moi la qualité de l’interprétation dépend trop de la qualité des solistes lorsqu’on joue avec une voix par partie. Les cantates chorales sont un cas intéressant, avec un choral chanté au début et à la fin, et des récitatifs et des arias au milieu. Le mouvement d’ouverture et le final doivent rester relativement neutres, de façon à faire ressortir l’expression plus personnelle des récitatifs et des arias. Cela fonctionne bien s’il y a quelques ripiénistes qui peuvent s’ajouter à chaque partie de soliste dans les chorals. Je trouve très important d’avoir des concertistes qui chantent tout du long, avec un ou deux ripiénistes qui les rejoignent lorsque c’est nécessaire, plutôt que d’avoir des chanteurs qui ne chantent que les solos.

A notre époque les musiciens sont soumis à une grande pression parce qu’ils doivent chanter les cantates de Bach selon les standards internationaux les plus élevés. A Leipzig, du temps de Bach, les musiciens considéraient simplement ces œuvres comme un élément de l’office religieux. Quelle différence cela fait-il à vos yeux ?

Le contexte religieux est la façon la plus naturelle de comprendre les cantates, qui étaient toutes écrites pour faire partie de la liturgie et pour mettre en avant leur lien étroit avec les psaumes et les cantiques chantés par les fidèles. Ce n’est plus la même chose aujourd’hui, même dans les églises luthériennes, parce que l’office dure rarement plus d’une heure : or, les cantates durent entre vingt et vingt-cinq minutes. A l’époque de Bach le service religieux pouvait prendre jusqu’à quatre heures, la cantate était donc en proportion beaucoup plus courte, ce qui correspond mieux à son rôle. Le vocabulaire pose aussi un problème, il est trop ancien pour être facilement compris aujourd’hui. On apprécie plus facilement les cantates aujourd’hui dans une salle de concert, même s’il ne faut pas oublier le contexte pour lequel elles ont été écrites. Il y a une autre difficulté si on ne joue les cantates qu’occasionnellement dans le contexte religieux, parce que le culte doit être quelque chose de familier. Ça n’a plus de sens si on programme de temps en temps un “culte musical” ou un “culte avec Bach”.

Masaaki Suzuki
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