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Bach a visiblement joué un rôle important dans votre carrière. Ils sont peu nombreux ceux qui peuvent à la fois jouer les pièces pour violon seul et diriger la Messe en si mineur. Quand et comment avez-vous été mis en contact avec la musique de Bach pour la première fois ?
J’étais un jeune garçon de sept ou huit ans lorsque, comme d’autres enfants, j’ai essayé de jouer des pièces comme les Inventions à 2 voix et les petits préludes. J’étais fasciné par quelque chose que j’étais bien sûr incapable d’identifier, parce que j’étais trop jeune. Mais j’étais frappé par le fait que cette musique semblait être différente de quoi que ce soit d’autre. Ça n’a pas changé, ce sentiment est toujours resté en moi. Naturellement je vois Bach comme quelqu’un de son époque, mais toujours avec le sentiment qu’il est à part de ses contemporains.
Oui, je pense que cela soulève un point important. En écoutant la musique d’un Telemann, d’un Stöltzel ou d’un Graupner, nous sentons qu’ils ont fondamentalement une origine commune, mais avec Bach, c’est différent. Peut-on définir un “style Bach” reconnaissable, et qu’est-ce qui le distingue de ses contemporains ?
Eh bien, je pense que nous pouvons, au moins en partie, le situer dans le même contexte. En ce qui concerne le style, il est en réalité en grande partie semblable à celui de Telemann et de ses contemporains. Plus tard dans sa vie, par exemple, il fait des choses qui sont très semblables à ce que compose son fils Carl Philipp. En fait le troisième mouvement de la Sonate en trio de l’Offrande Musicale est très rococo. Et il y a d’autres exemples qui pourraient passer pour de la musique sentimentale si elle n’était pas de Bach. Ils sont à la limite. Mais même dans de telles pièces, qui sur le papier paraissent très semblables à la musique de ses contemporains, il y a une autre dimension très profonde. C’est une caractéristique étrange, que Bach partage avec Mozart. On a le sentiment que leur musique s’abreuve à une source plus profonde. Je sais que c’est une idée un peu romanesque, mais je n’ai pas peur de la soutenir, et en fait je la ressens de plus en plus fort.
On discerne très souvent l’élément spirituel dans la musique de Bach. Est-ce en partie ce que vous voulez dire ?
Oui, je pense. Et l’aspect spirituel n’a aucun rapport avec le fait que la musique ait vraiment été écrite pour l’église ou pas. C’est une qualité que vous retrouvez dans les pièces instrumentales. L’exemple le plus évident, ce sont les Suites pour violoncelle, à cause de la tessiture de l’instrument qui est si voisine de celle de la voix humaine, et qui n’a pas cette sorte de registre strident qu’on trouve dans le violon, qui est lui beaucoup plus ambitieux. Le violon n’est pas un instrument aussi généreux que le violoncelle ou la viole de gambe. Dans les suites et les sonates pour ces instruments, et dans certaines musiques d’ensemble comme le Sixième Concerto brandebourgeois, la sonorité grave sert à renforcer la spiritualité de la musique.
Si je vous comprends bien, vous avez l’air de dire que vous pouvez définir le degré de spiritualité d’après la hauteur du son ?
Non, bien sûr que non, mais je pense que vous trouverez plus facilement la spiritualité dans une partition qui possède un parfait équilibre harmonique ou une matière sonore moins dense, que dans certaines des œuvres pour violon seul. Il faut une basse pour entrer en communication avec ce qu’on appelle le spirituel. C’est peut-être idiot, mais c’est comme ça que je le ressens. Et pourtant, on trouve des exemples contraires comme Aus Liebe, l’aria pour soprano de la Passion selon saint Matthieu, qui n’a pas de basse et qui est la musique la plus incroyablement angélique qui soit !
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