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Qu’en est-il des chanteurs avec lesquels vous travaillez, particulièrement en musique ancienne?
Il y a actuellement beaucoup plus de chanteurs qui s’intéressent à la musique ancienne qu’à l’époque de la redécouverte de ce répertoire. Des œuvres baroques et pré-classiques figurent en assez bonne place dans les programmations de la plupart des salles de concerts et des maisons d’opéras, et le public accueille les enregistrements discographiques (de plus en plus nombreux) avec un grand engouement. Bien entendu, cela ne veut pas dire que chaque chanteur qui aborde ce répertoire connaît maintenant parfaitement le style et les règles d’ornementations ou de cadences dans les da capi. C’est justement une des tâches du chef d’orchestre de travailler sur le style d’interprétation. Les chanteurs ont très rarement eu ce genre d’éducation dans les conservatoires et leurs cours de chant. Il existe encore trop de “spécialistes de casting” qui eux-mêmes ne sont pas familiers avec ce répertoire et peuvent proposer (ou imposer) des chanteurs dont la voix et, pire encore, la musicalité sont totalement inadaptées au répertoire baroque.
Cela pose aussi le problème de la taille des salles pour la musique de Monteverdi. Quelles seraient les solutions possibles?
Je pense que sur le plan musical, il faut faire ce qu’on aurait fait à l’époque. Sur ce point, nous possédons des lettres de Monteverdi dans lesquelles il parle souvent de problèmes acoustiques. Ces lettres sont très frustrantes, car il mentionne souvent des opéras dont la musique est perdue. Dans l’une de ses lettres, il évoque une visite à Parme pour faire des essais dans un lieu qu’il décrit comme étant situé dans la cour intérieure d’un couvent, avec probablement une acoustique comparable à celle de la cour de l’Archevêché à Aix-en-Provence. Il expose les problèmes que cela pose et ajoute immédiatement qu’il faut tripler le nombre d’instruments du continuo : c’est la première chose qui lui vient à l’esprit et c’est ce que j’essaie de faire pour ma part dans mes adaptations, si on joue du Monteverdi ou du Cavalli dans des grandes salles.
Des voix se sont élevées pour demander une mise en scène “d’époque”, si on peut dire. Que pensez-vous de cette opinion?
Des mises en scène sans électricité, avec des bougies et des lampes à huile? Cela peut être absolument magique, mais hélas impossible à réaliser du point de vue de la sécurité. Rappelons simplement le nombre de théâtres qui ont brûlé à l’époque baroque. Je ne peux pas dire que cela ne m’intéresse pas du tout. J’aimerais éventuellement faire une expérience de ce genre, à condition d’avoir réellement les moyens de réaliser un tel projet. Contrairement à ce qu’on peut imaginer, faire une reproduction de cette envergure coûterait certainement très cher (imaginez le faste des opéras de cour à l’époque...). Mais selon moi, il est impossible d’adopter ce point de vue de manière systématique, car tout risque de se ressembler. Nous sommes confrontés à des pièces de théâtre musical qui nous sont éloignées dans le temps. A l’époque, c’était le compositeur lui-même qui dirigeait les premières représentations tandis qu’un assistant assurait les dernières. Les poètes “réglaient” la mise en scène. De nos jours, il y a le metteur en scène entre l’œuvre et nous : il imprime sa propre personnalité, ou donne “sa lecture” de la pièce. Pour moi, — et cela peut paraître simpliste —, un bon metteur en scène est celui qui connaît et qui donc aime la pièce dans sa totalité. Certains metteurs en scène ne possèdent l’œuvre qu’en partie, ils aiment la musique (sans vraiment la comprendre) et trouvent que le livret, voire le drame (qu’ils n’arrivent parfois pas à lire dans la langue d’origines), “ne sont plus de notre époque”. Voilà pour la mise en scène. J’aime commencer le travail de préparation d’un opéra bien avant le début des répétitions avec un metteur en scène. En général on se rend compte dès les premières discussions du degré de connaissance et de respect pour l’œuvre.
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